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Mardi 5 février 2008
  

Christian Sautter


Ainsi, le rapport Attali a osé s’attaquer aux taxis. Chacun sait que le nombre insuffisant de taxis et la médiocre qualité de leur service sont une disgrâce pour Paris et, probablement aussi, pour les autres métropoles françaises. Les étrangers bougonnent et les citadins n’ont guère l’idée d’emprunter un mode de transport aussi aléatoire. La raison tient au fait que les sociétés et les artisans doivent acheter une licence d’exploitation, dont la rareté fait le prix. Nous sommes donc en face d’une corporation de l’Ancien Régime.

La décision 211, qui fait partie des 316 décisions proposées par la « Commission pour la libération de la croissance française » (Documentation française, 2008), entend trancher le nœud gordien : « Augmenter le nombre de taxis », en accordant une licence gratuite aux milliers de candidats à l’exercice de cette belle profession. Le résultat évident serait de fortement dévaloriser les licences existantes, ce qui s’appelle une spoliation.

Une autre idée, plus juste mais très coûteuse, est de racheter l’ensemble des licences de façon à ouvrir complètement la profession. Mais pourquoi consacrer plusieurs milliards d’euros des contribuables à un tel usage, alors que l’argent public est si rare et que les besoins de l’éducation et de la recherche sont si pressants ? J’ai croisé une troisième idée que je trouve vraiment astucieuse. Elle consiste à donner une licence gratuite à tout détenteur actuel d’une licence. Le nombre de taxis doublerait et les artisans actuels conserveraient leur avoir, soit en exploitant deux taxis, soit en revendant, à moitié prix, la deuxième licence.

Descendons du taxi et examinons les 315 autres potions, en distinguant la forme et le fond. La forme est vraiment indigeste et il faut du courage pour lire de bout en bout ce catalogue de prescriptions. On comprend mal que 42 personnes aussi intelligentes et respectables aient produit un document aussi peu intelligible.

Il y a d’excellents blocs, par exemple sur l’enseignement supérieur et la recherche, où sont reprises des idées bien connues mais essentielles sur la nécessité de l’autonomie des établissements, y compris dans le recrutement et la rémunération des professeurs, sur le caractère impératif d’une évaluation extérieure des chercheurs, sur le regroupement de facultés et de grandes écoles en une dizaine de pôles d’excellence de taille mondiale. L’attaque en règle contre les pratiques de cooptation et de cloisonnement qui caractérisent le mandarinat universitaire est bienvenue. La loi Pécresse n’a fait que de premiers pas timides dans cette direction. Il faut consacrer à l’enseignement supérieur un effort financier comparable à ce qu’il est ailleurs en Europe et dans les pays anglo-saxons. Mais le rapport devient timoré lorsqu’il esquive le choix décisif entre le modèle américain où les frais d’inscription couvrent le fonctionnement de l’université (quitte à mettre en place un système généreux de bourses et à favoriser le travail à temps partiel des étudiants), et le modèle nordique où les frais d’inscription sont raisonnables et l’intervention publique beaucoup plus forte. Notons par ailleurs un très beau couplet sur les « Universités de métiers », sortes de Conservatoires des arts et métiers qui diplômeraient des techniciens et des ingénieurs, en formation initiale et aussi (et surtout ?) en formation continue.

Par contre, le chapitre sur les entreprises moyennes est peu imaginatif : création d’une Agence des PME (une agence de plus qui permettra à l’État de se mêler de tout). Il n’y a rien sur la question angoissante de la relève d’une génération d’entrepreneurs familiaux qui s’est mise au travail après la guerre et qui souhaite logiquement passer la main dans les années qui viennent : à qui ? Dans quelles conditions fiscales ? Rien non plus sur la création d’entreprises par les chômeurs ni, plus généralement, sur l’économie solidaire, au service d’hommes et de femmes en difficulté d’emploi ou en manque de services. À l’évidence, le marché libéré reconnaîtra les siens, ceux qui sont bien employables et ceux qui sont solvables.

Sur les grands secteurs d’activité, on en reste à des généralités. La technologie est l’avenir, mais la réflexion ne va guère au-delà des pôles de compétitivité. Si. Il est suggéré un « haut commissaire au développement numérique » qui laisse perplexe (proposition 63). L’idée des dix Ecopolis, villes ou quartiers de quelques dizaines de milliers d’habitants à créer d’ici 2012, claque joliment au vent. Paris s’est déjà lancé dans un tel projet sur le quartier des Batignolles.

Il arrive même à ce rapport qui se veut iconoclaste de respecter les vaches sacrées ! L’agriculture n’est qu’à peine effleurée, alors que c’est un gouffre à argent public et que l’essentiel de la rente agricole va à un nombre réduit de gros bénéficiaires.

Cessons de picorer ce copieux menu de réformes et faisons-lui trois critiques de fond. La première est que la longue ordonnance de médicaments ne s’appuie pas sur un diagnostic explicite sur la langueur récente de la croissance française. Ce travail a été fait, de façon remarquable, par un groupe d’économistes travaillant pour le Premier ministre : « Les leviers de la croissance française, Aghion, Cette, Cohen, Pisani-Ferry, Conseil d’analyse économique, Documentation française, septembre 2007), dont nous reparlerons. Le malade, face à un médecin muet sur sa leucémie, s’inquiète de recevoir une aussi longue liste d’antibiotiques.

La deuxième critique s’adresse au postulat selon lequel la croissance est un problème de gestion consensuelle qui transcende les clivages politiques. La droite et la gauche ne se sépareraient qu’au moment du partage du gâteau, que tout le monde aurait contribué à rendre plus grand. C’est une idée assez communément partagée, à droite comme à gauche, mais je pense qu’elle est fausse. La stagnation du pouvoir d’achat des salaires que l’on observe aux Etats-Unis comme en Europe a une influence certaine sur le dynamisme de la consommation et plus subtilement sur la progression de la productivité. La qualité du travail ne peut être stimulée uniquement par la peur du chômage. Elle mérite récompense, pas seulement au niveau des cadres supérieurs et dirigeants d’entreprises. Si les ouvriers japonais travaillent si bien, c’est aussi parce qu’ils sont bien payés.

La troisième critique est que le rapport est fondé sur une conception désuète de la croissance. Entre la mesure de la croissance marchande et celle du bonheur ineffable (l’Institut japonais où j’étais il y a près de quarante ans s’était essayé à calculer le « bien-être national net »), il y a le développement durable. Certes, il y a des propositions sympathiques sur le solaire, l’éolien, la voiture hybride, mais elles relèvent d’une approche sectorielle, essentiellement énergétique. Or, le développement durable n’est pas seulement un processus d’ajustement à un prix du pétrole plus cher, c’est un nouveau mode de production, de consommation, de répartition. Ainsi, quand le rapport Attali encourage les vols « low cost » (décision 104), il est carrément à contresens de l’histoire à venir.

Il est dommage que le rapport Attali ait mobilisé tant de talents pour si peu de résultats prévisibles. La faute en incombe au Président de la République qui s’était trop légèrement engagé à en reprendre toutes les conclusions. C’était un joli coup médiatique qui occuperait l’actualité une quinzaine de jours. Le problème est que les experts ont pris leur mission au sérieux et qu’ils vont être déçus par l’étrange coalition des conservatismes dénoncés et de la désinvolture au sommet de l’État. Le comportement du docteur Attali, du style « C’est à prendre ou à laisser », n’a, il est vrai, rien arrangé. Il aurait dû s’appuyer sur l’opinion publique qui déteste les prophètes patentés. Les citoyens avaient compris, en écoutant les deux candidats à l’élection présidentielle, qu’il fallait changer et ils étaient prêts à le faire, à condition qu’on leur explique pourquoi et comment et qu’on leur démontre que les sacrifices seraient équitablement partagés.

La Suède, la Finlande, l’Allemagne ne se sont réformées qu’à partir du moment où la crise a été vraiment ressentie par tous. Les Français avaient ce sentiment de crise en juin 2007. Ils ont perdu confiance aujourd’hui et font le gros dos en espérant être épargnés par les orages qui s’annoncent.

Mardi 5 février 2008

La chaîne devait lancer demain son opération séduction auprès des jeunes des quartiers. Sujet sensible. L’enquête de Mehdi et Badroudine.

TF1 et les cités, ça ne fait que commencer. La chaîne s’est débarrassée de captain Charles Villeneuve, préalable aux « négociations ». Du « Droit de savoir », on passe au droit de comprendre. Changement d’optique : le plan « éradication banlieues » fait place à un « plan banlieues » tout court, made in Bouygues. Enfin, en principe. Voici le programme.

Parlons des objectifs. Ceux de TF1, d’abord. Premièrement : envoyer Harry Roselmack, présentateur vedette du JT, à la rencontre de lycéens de banlieues, accompagné du directeur de l’info de la chaîne, Robert Namias, et de la présidente de la Fondation TF1 en charge de ce projet, Samira Djouadi. Grosso modo, l'enjeu, pour TF1, est le suivant : mieux expliquer son travail d’information pour mieux se faire accepter dans les quartiers. Ensuite, la chaîne va recruter des « talents » dans les cités pour les former, pendant deux ans, tous frais payés, aux métiers de la télévision (journaliste, cadreur, preneur de son, réalisateur, scénariste, etc.).

Passons à notre objectif : assister  avant la conférence de presse que TF1 devait donner demain pour exposer son propre « plan banlieues », finalement reportée en mars en raison de la présentation vendredi du « vrai »  plan banlieues par Nicolas Sarkozy  à la première rencontre entre des lycéens et le trio Roselmack-Namias-Djouadi. Ce n’est pas gagné. Serait-on face à un tabou ? Appel à la Fondation TF1 : « Nous n’avons invité aucun journaliste aux rencontres se tenant avant notre conférence de presse, nous indique-t-on. Ce n’est qu’après que les médias auront la possibilité d’y assister. »

Nous apprenons toutefois que la première de ces rencontres en catimini TF1-banlieues aura lieu le 21 janvier « dans un lycée de Cergy » (95). Nous remercions la personne de la fondation et poursuivons nos recherches, bien décidés à ne pas lâcher le morceau.
Nous contactons alors par téléphone les quelques lycées de Cergy pour essayer de savoir dans lequel les représentants de TF1 doivent se rendre. Nous tentons le lycée Galilée, lycée général. Au bout du fil, trois interlocuteurs se relaient. Aucun d’eux ne semble être au courant de quoi que ce soit. C’est foutu, premier échec ! Le 21 janvier passe.

Plus tard, nous apprendrons que c’est bien dans ce lycée que la délégation black-blanc-beur de la chaîne a réalisé sa première rencontre avec des BTS Communication d’entreprises. Nous retentons le coup :  « Allo, le lycée Galilée ? Bonjour Madame, pouvez-vous nous dire s'il vous plaît comment s'est passée la journée avec TF1 ? » La secrétaire de l’établissement nous assure qu'elle va transmettre notre demande. Elle prend note de notre numéro et ajoute avec sérieux : « Très bien, je le donne au professeur coordinateur de la journée, il vous contacte ce soir ou dans les jours suivants. » Nous n’aurons aucune réponse du lycée, du prof ni de personne d'autre. Même les élèves sont discrets. Rien ne filtre. Toujours ce vague, ce flou, ce brouillard.

Abandonner ? Sûrement pas. Nous avons l'intention de nous rendre au prochain « après-midi rencontre », mi-février, au lycée Jacques Brel de La Courneuve (93). Nous appelons l’établissement. La direction nous confie : « Nous faisons ça pour les élèves, il ne faut surtout pas prendre cette rencontre pour un partenariat avec TF1. » Nous inscrivons le rendez-vous de la mi-février sur nos agendas, impatients d’assister à cette confrontation entre la grande chaîne privée et des lycéens. A moins qu'il nous faille encore une fois attendre que la conférence de presse de TF1 ait eu lieu (en mars donc).

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah / Pour BONDY BLOG

Vendredi 1 février 2008

Ségolène Royal est venue ce matin saluer nos conseillers généraux et les candidats à cette élection autour d'un petit déjeuner "d'avant session".
Lundi 28 janvier 2008


Dessin :
Erby Kézako © http://erbykezako.blogspot.com

C’est El Païs le quotidien espagnol, à peu près l’équivalent du Monde, pour le meilleur et surtout pour le pire en matière de désinformation planétaire qui a vendu la mèche, il a été aussitôt suivi par le reste de la presse espagnole, internet a pris le relais. La machine à ragot planétaire a bruissé devant les photos de charme qui offraient la première dame de France - dévêtue seulement de cuissardes et de bijoux- à la concupiscence de cadres abonnés au magazine espagnol DT, un magazine pour messieurs fortunés, les golden boys de la Bourse par exemple (1).

On ne peut manquer d’éprouver une certaine « gêne » devant « l’événement », de quel côté qu’on la prenne cette série de photos nous place en porte à faux. Les “austères” affirment qu’il ne faut pas en parler, qu’il ne faut pas contribuer à réduire le fait politique à cela, je ne suis pas convaincue. Il faut parler de ce qui choque le peuple, le tout est de savoir comment. (...)

Je m’éloigne pensez-vous, quel est le rapport entre l’aphasie de la langue et les photos de charme de la compagne de Sarkozy ? Je viens de tenter de vous expliquer deux choses, la dialectique des mœurs par rapport aux phases du capital, comment à travers la consommation on passe du gorille apprivoisé condamné au puritanisme, aux gestes automatiques de la chaîne industrielle à la permissivité sexuelle du même sujet consommateur devenu aphasique, incapable de créativité, simple voyeur manipulé par ses addictions douces… Le stimulus de l’émotion et celui de l’achat renouvelé à chaque planche publicitaire imposent à la trame du récit coupé par la publicité de faux suspens. Et cette phase correspond à un nouveau stade d’accumulation qu’il faut faire payer au travail, toujours plus faire donner aux pays du Tiers monde, les piller à travers un néo-colonialisme, utiliser leur endettement… (...)

Vous ne voyez toujours pas le rapport ? Est-ce un hasard si le pays qui a fait mai 1968, mais qui de surcroît dans l’atonie générale des luttes manifeste une résistance au nouveau modèle en menant le mouvement de 1995 autour de la défense des services publics, le pays qui dit NON à l’Europe du capital financiarisé et à sa toute puissance, se retrouve à sa tête avec cette caricature. Il faut accélérer, bousculer les inerties, le capital a besoin de temps de rotation toujours plus rapides… Il poursuit sa course en avant vers l’abime, au rythme de notre agité… Il entraîne derrière lui ceux qui l’attendaient… Croyez-vous que ceux qui se rallient à lui se sont levés un beau matin en se disant « Et si je trahissais ! » Si Kouchner était ministre des Affaires étrangères de Ségolène Royal ou de Strauss Khan ménerait-il une autre politique ? Poser la question c’est y répondre, ils sont tous le fruit de l’échec politique de mai 68 et le triomphe de son consumérisme et de sa permissivité sexuelle accompagné de l’exaltation des drogues. Comme la CIA a fait taire les blacks panthères des ghettos noirs aux Etats-Unis en y jetant massivement de la drogue, en même temps que l’on assassinait les chefs révoltés, aux etats-Unis mais aussi dans tout le Tiers Monde… On achetait les veules, les ambitions, les narcissismes… L’ensemble de cette gauche ralliée, avant d’aboutir à ce consensus touchant autour du sarkozisme, a du passer par la case du Mitterrandisme, cette vison cynique de la fin de toute espérance politique, cet engourdissement dans des jeux tactiques, le pouvoir devenu médicament de confort de l’agonie d’une gauche ralliée au capital et qui traîne derrière lui tel un esclave ivre un parti communiste à qui l’on jette des os…tout ce beau monde est devenu gestionnaire, “compétent”, l’économie est une science exacte et Jospin peut dire que l’Etat est impuissant à intervenir en faveur des travailleurs que l’on licencie… Oui mais aujourd’hui on l’appelle à intervenir massivement en faveur du capital. Le fond est là, ils se sont ralliés à celui qui distribue pouvoir, richesse et offre des calls girls de luxe en prime… (...)

D’où notre gêne devant les photos de Carla Bruni, l’exhibitionnisme compulsif d’un président, nous ne savons plus comment prendre les contradictions qui nous assaillent. Mais ce ne sont pas seulement les notres : Sarkozy doit couvrir tout le champ politicien, de la vieille morale réactionnaire, celle qui exige le retour du religieux dans les salons du vatican, le palais de Ryad et dans le même temps il doit offrir sa propre femme au sujet consommateur qui exige en voyeur toujours plus de permissivité, la bande de jouisseurs assoifés de pouvoir, d’objets, de hochets qu’il traine dans son sillage. (...)

- Lire l’ article http://socio13.wordpress.com

Jeudi 24 janvier 2008

couverture_publication

En France, les ouvriers vivent en moyenne moins longtemps que les cadres. Leur vie plus courte leur épargne-t-elle des années de vie en mauvaise santé ? S'appuyant sur l'enquête santé menée en France en 2003, Emmanuelle Cambois, Caroline Laborde et Jean-Marie Robine montrent que ce n'est pas le cas ; les ouvriers vivent moins longtemps que les cadres et passent plus de temps qu'eux avec des incapacités et des handicaps.

Résumé   texte intégral PDF

En 2003, en France, un homme âgé de 35 ans peut espérer vivre encore 43 ans, dont 28 indemne de toute incapacité, une femme, 49 ans, dont 29 indemne d'incapacité. Les incapacités les plus sévères, impliquant éventuellement une situation de dépendance, n'occupent en moyenne que 3 années d'une vie pour les hommes et 5 années pour les femmes. Le nombre d'années vécues avec ou sans incapacité varie selon la catégorie professionnelle : en 2003, un homme cadre de 35 ans peut espérer vivre encore 47 ans dont 34 indemne de toute incapacité, un ouvrier, 41 ans dont 24 ans sans incapacité. Ces différences se renforcent avec l'avancée en âge : après 60 ans, les ouvriers et les ouvrières vivent en moyenne plus d'années avec que sans incapacité et endureront aussi plus d'incapacités sévères que les cadres. Au sein d'une vie déjà plus courte, les ouvriers passent donc à la fois moins de temps sans incapacité que les cadres, et vivent plus longtemps qu'eux avec des incapacités et des handicaps.

Emmanuelle Cambois, Caroline Laborde et Jean-Marie Robine

Population et sociétés Numéro 441 - Janvier 2008

 

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