Newsletter
Inscription à la newsletter
|
En diffusant le 26 décembre dernier Ces fromages qu'on assassine !, France 3 peut sembler avoir défié l'un de ses gros annonceurs, le géant Lactalis (numéro deux mondial de l'industrie laitière, 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires prévu en 2007), malmené par ce documentaire. Est dénoncée en effet la stratégie des grands groupes agro-alimentaires qui uniformisent en l'aseptisant le goût des fromages, par une fabrication industrielle bannissant de plus en plus le lait cru, sous de fallacieux prétextes sanitaires. Ce que le programme présenté expose sans langue de bois : "Il s’agit en effet d’une véritable mise à mort. D’un côté, les firmes mondialisées qui, sous de fausses raisons sanitaires, veulent tuer les fromages au lait cru au profit des fromages standardisés, microfiltrés, pasteurisés, aromatisés... De l’autre, les petits producteurs de fromages authentiques. Ils représentent moins de 10% du marché. Un combat difficile : plus de 50 fromages français ont disparu ces dix dernières années", écrit en effet le site de France 3 dans sa page de présentation du documentaire. Sans langue de bois, mais en consentant tout de même à biper le nom de Lactalis, ce qui est déjà inacceptable : au nom de quoi le téléspectateur ne peut-il pas savoir que c'est de ce groupe que l'on parle ? Cette concession n'a pourtant pas suffi à apaiser la fureur de l'industriel. Il faut convenir que, même sans que son nom ne soit audible, le propriétaire des marques Président, Bridel, Lepetit, Lanquetot, Société, Galbani (leader italien de la mozzarella), Chaussée aux Moines, Salakis, Rouy, Le Roitelet ou Lou Perac est aisément reconnaissable. Ses dirigeants ne s'y sont donc pas trompés. "Vous allez entendre parler de moi !", s'est ainsi emporté le chargé de communication de Lactalis à la sortie de la projection de presse, comme le rapportait ce matin Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, dans le journal de 8h.
Un pas en avant, un pas en arrière...
"J'étais très en colère alors j'ai tenu des propos un peu excessifs, reconnaît ce dernier. J'ai dit : "Il y en a marre, il n'y a pas de raison de payer des gens qui nous crachent à la figure." Mais il ajoute s'être "calmé le lendemain" et nie avoir exercé de pression sur la chaîne. Tant mieux : on imagine l'intérêt économique mis en jeu par l'éventuelle perte des recettes publicitaires provenant d'un si gros annonceur ! Lactalis n'a donc pas fait pression, puisque son dir'com l'affirme (sic). Mais pourquoi alors France 3 a-t-elle cru bon de déprogrammer une émission prévue pour le 15 décembre, On peut toujours s'entendre, avec comme thème du jour La guerre du camembert ? C'est Le Point qui l'écrit : "Au cours de ce programme devait être évoquée la menace que le lait "thermisé" fait peser sur le lait cru. Échaudé par la prochaine diffusion d'un documentaire intitulé Ces fromages qu'on assassine ! prévu en prime time le 26 décembre, Lactalis, premier groupe fromager européen, avait déjà menacé France 3 de suspendre ses achats d'espaces publicitaires. En annulant la diffusion de l'émission du 15 décembre, la chaîne a donc jugé opportun de ne pas jeter de lait sur le feu." Précisons que la diffusion du documentaire ne pouvait plus être annulée, elle, la projection de presse ayant rassemblé plus de 200 personnes ! Coup de théâtre pourtant le 15 décembre : La guerre du camembert est bien programmée sur France 3. L'information du Point était-elle donc erronée ? Pas du tout, répond Aurélie Windels, qui a mené l'enquête pour Arrêt sur Images : "L'info était exacte quand elle est parue, comme le confirme à @si (Arrêt sur Images, Ndr) une source proche du dossier: "bien sûr que l'émission a été déprogrammée ! Mais c'est France 3 et sa régie publicitaire, qui ont paniqué et ont pris cette décision seuls. Quand Patrice Duhamel (directeur général de France Télévisions, Ndr) a été mis au courant, il a immédiatement exigé qu'elle soit reprogrammée. Il craignait davantage la polémique, que la pression de Lactalis." Allons bon. Reste que l'essentiel est que l'émission ait bien été diffusée, qui dévoilait le fait que Lactalis intrigue discrètement pour supprimer l'exigence de la fabrication au lait cru pour l'obtention de l'Appellation d'origine contrôlée. Et un deuxième coup fut donc porté à Lactalis le 26 décembre par Ces fromages qu'on assassine ! Sauf que Périco Légasse, le journaliste gastronomique de Marianne qui fait office de guide tout au long du documentaire, s'insurgeait ce matin sur France Inter que des coupes avaient été opérées dans le programme, sans qu'il en ait été prévenu !
...c'est le tango de France 3 !
"Toutes les allusions à la dangerosité potentielle du fromage au lait pasteurisé ont été coupées, proteste ainsi Périco Légasse, à droite sur la photo ci-contre. Une des phrases du film qui a été coupée, du fromager Alain Dubois, cet homme disait bien : "dans 66% des cas, ce sont des fromages au lait pasteurisé qui ont été inquiétés par des problèmes de listériose et pas des fromages au lait cru !" Ça gêne Lactalis, parce que Lactalis, pour produire du fromage industriel, a été obligé de jeter l'anathème sur le lait cru, en inventant la dangerosité du lait cru, de façon à pouvoir faire du lait thermisé, c'est-à-dire chauffé presque à 70°, ou du lait pasteurisé. On jette l'opprobre sur le lait cru et on explique que le lait pasteurisé est le seul qui est bon, pour la simple raison que la grande distribution veut des fromages qui tiennent longtemps sur le rayon réfrigéré." Un fromage au lait cru tient en effet 10 jours, au lieu d'un mois pour un pasteurisé. Contactée au sujet de ces coupes sauvages par Benoît Collombat pour France Inter, l'unité documentaire de France 3 "se réfugie derrière les recommandations de son service juridique, qui souhaitait à tout prix éviter un référé". Dans la mesure où les phrases supprimées n'étaient pas diffamatoires, la raison avancée est évidemment fausse. Conclusion perfide de Collombat : "Lactalis pèse 25 millions d'euros annuels en publicité pour le groupe France Télévisions". Ajoutons que, d'après Miscellanees.net - blog prolixe pub, marketing & conso, high tech, innovations, outre cette histoire de lait cru, "Lactalis n'aurait pas supporté que le doc montre comment deux personnes ... et des robots se chargent du "moulage à la louche" de 250 000 camemberts par jour". Que peut le consommateur face à de tels agissements ? Le boycott bien sûr ! Et concernant enfin France 3, notons que si la chaîne aime les fromages, elle les préfère... à la coupe !
Par Olivier Bonnet - Plume de presse
PAR BONDY BLOG
PLAN BANLIEUES : J-? Non, ce n’est pas une blague : le président de la République a annoncé hier qu’il reportait à « février » l’annonce du fameux plan, l’affaire, en principe, de Fadela Amara. Qu’à cela ne tienne, celle-ci indique qu’elle en dévoilera les grandes lignes à Vaulx-en-Velin, le 22 janvier, comme prévu !
C’est la surprise du chef ! Nicolas Sarkozy reporte à février l’annonce du plan banlieues, initialement prévue le 22 janvier à Vaulx-en-Velin. Fadela Amara n’a semble-t-il rien vu venir. Comme tout le monde, elle a appris la nouvelle hier à l’occasion de la conférence de presse du président de la République, assure-t-on dans l’entourage de la secrétaire d’Etat à la politique de la ville. Nicolas Sarkozy n’a pas donné les raisons de ce report, qui n’est pas le premier – la plan devait être dévoilé mi-décembre… Il a simplement indiqué que les mesures seraient rendues publiques en février, en sa présence, « avec Fadela », et pas forcément à Vaulx-en-Velin.
La secrétaire d’Etat encaisse le coup et se contente de peu : « Ce qui compte, dit un de ses collaborateurs, c’est que Nicolas Sarkozy prenne le problème à bras-le-corps. Cela montre l’importance qu’il accorde au plan banlieues. Sans doute est-ce à mettre en rapport avec son concept de politique de civilisation. » Doit-on rire ? A moins qu’il ait réservé le 22 janvier pour un autre événement : « Son mariage avec Carla Bruni, peut-être », s’amuse le collaborateur, cette fois franchement.
Pour Fadela Amara, toutefois, « ça ne change rien », fait-on savoir. Elle ira le 22, comme convenu, à Vaulx-en-Velin, mais sans le président de la République, alors que la présence de ce dernier, en ce lieu, ce jour-là, « avec Fadela », était prévue. La secrétaire d’Etat y dévoilera, seule, « les grandes lignes de la politique de la ville », affirme un de ses proches. « Le plan banlieues est prêt », ajoute-t-il.
Les reports successifs du plan banlieues, vendu comme un acte fondateur, une rupture avec le passé, dénotent une fébrilité dans le projet lui-même et son élaboration. Le président se sait très attendu, par ceux à qui ce plan s’adresse, mais aussi par ceux à qui il ne s’adresse pas directement, et qui comptent leurs sous : combien ça va nous coûter ? s’angoissent-ils déjà. Le rapport de l’homme Sarkozy avec les cités est électrique, générateur de tensions extrêmes. Nul n’a oublié les images de l’ex-ministre de l’intérieur lors de son passage sur la dalle d’Argenteuil, ni les hésitations, pour ne pas dire la peur, du candidat à organiser un meeting au-delà du périphérique, lors de la campagne des présidentielles. Il a conscience que la banlieue est un grand corps malade : chômage, ségrégation, discriminations, inégalités, violences, manque de logement.
Soit le plan banlieues est un mille-feuilles de mesures réchauffées avec quelques mots clefs et un slogan qui déchire, on l’appellera la solution pschitt. Ou alors, le président de la République prépare un feu d’artifice, et il a besoin de quelques semaines encore pour tout caler, et trouver l’argent pour financer la nouvelle civilisation urbaine. C’est bien connu, les chefs de chantier ne tiennent jamais les délais.
Antoine Menusier, Nordine Nabili
Nicolas Sarkozy persiste et signe dans son entreprise de laminage du prestige de l’exécutif. Les ministres de la République seront désormais évalués et notés individuellement par un cabinet privé de consultants, tels de simples cadres d’une “quelconque” entreprise.
Nicolas Sarkozy veut gérer la maison France comme une entreprise et, cela se voit. Pipolisation de la fonction présidentielle, rabaissement du rôle de Premier ministre à celui de collaborateur et désormais évaluation et notation des ministres, par un cabinet privé en stratégie (Mars & Co).
C’est tout ce qui constitue la sacralisation du pouvoir exécutif qui est remis en cause. Et pourquoi pas demain Carla Bruni sous l’Arc de triomphe interprétant La Marseillaise pour des cérémonies officielles ? Tout devient possible. Un cliché de l’AFP publié dans la presse pendant les fêtes nous l’a déjà fait présentée au bras de son présidentiel compagnon, nombril à l’air et petite culotte apparente. Une approche populiste du pouvoir à l’opposé d’un François Mitterrand qui avait imposé à la gauche en 1981 une tenue, un respect de l’étiquette et du protocole républicain à ses yeux indispensables à l’égard de ceux qui incarnent pas seulement leur personne mais au-delà, l’Etat.
Dans ce qui ressemble à une parodie grotesque du pouvoir, les ministres de “Nicos” Sarkozy seront destinataires d’un bulletin de note trimestriel avant d’être reçu en entretien individuel par François Fillon relégué à un rôle de conseiller pédagogique du Président. Des critères d’évaluation, propres à chacun des quinze ministres ainsi qu’au haut-commissaire aux solidarités, ont été élaborés, comme si les Français et le parlement n’étaient pas aptes à se faire un jugement de la qualité des ministres.
Parfait exemple du caractère “décalé” de ce dispositif, l’évaluation du ministre de l’immigration et de l’identité nationale, à l’aune du nombre d’étrangers en situation irrégulière expulsés, dans le langage Sarkozien “éloignés”. Peu importe l’esprit, la méthode, l’humanité portés à une politique immigratoire contestable, seuls comptent les résultats, les chiffres. En aucun cas, les homme, les femmes et les drames qui sont derrière. Comme si demain Xavier Bertrand était bien noté parce qu’une nouvelle canicule venait décimer nos trop nombreux retraités ou pensionnés…
Au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, il avait été reproché à la gauche de l’avoir diabolisé. Et pourtant… Jour après jour, nous découvrons que Nicolas Sarkozy est un homme dangereux. Certes rien de diabolique mais, sa vision simpliste des choses est hautement inquiétante. L’homme a de la constance et semble difficilement capable de s’amender, de se transcender dans l’exercice de ce qui constitue le pouvoir suprême en France.
A l’été 2006 déjà, l’UMP avait confié aux consultants du Boston Consulting Group le soin de corédiger son programme législatif… Dans cette gestion de la France à la Mac Do, nous aurons peut être demain un ministre du mois. Parce qu’une fois de plus, faute de fond, la pie Sarkozy, fascinée par tout ce qui brille ou vient des Etats-Unis, a voulu reprendre le concept américain de l’évaluation des politiques publiques. Sauf que de l’autre côté de l’atlantique,il s’agit non d’un évaluation des responsables gouvernementaux mais bien des politiques publiques fédérales avec une notation de ces programmes sur quatre niveaux d’appréciation : efficace, modérément efficace, adéquate, inefficace.
Comme le rapporte le quotidien Le Monde, “Depuis février 2006, le site Expectmore.gov est spécifiquement dédié à cette tâche… La FAQ du site indique clairement qu’un programme ayant une mauvaise note n’est pas forcément interrompu d’une année sur l’autre.”
Notre superficiel Président n’aura pas pris le temps de lire le mode d’emploi jusqu’au bout.
Blog : La Mouette
Nicolas Sarkozy est notoirement inculte et bien incapable d'élaborer la moindre pensée un peu complexe. C'est "l'intellectuel" Henri Guaino, principal conseiller et plume des discours officiels, qui livre au Président de la République les références utilisées dans ses opérations de brouillage historique et rhétorique. C'est à lui que l'on doit notamment l'instrumentalisation de la lettre du jeune résistant communiste Guy Môquet ou encore la récupération des noms de Victor Hugo, Charles de Gaulle, Léon Blum et Jean Jaurès.
On reconnaît facilement la patte d'Henri Guaino dans les archaïques discours présidentiels, à la fois par les relents maurassiens, voire pétainistes, de nature patriotique, nationaliste et raciste (Discours de Dakar du 26 juillet 2007) qui s'en dégagent, et par la façon dont il s'approprie sans vergogne et à l'évidence sans les comprendre des concepts élaborés eux par d'authentiques intellectuels humanistes.
Le discours des voeux télévisés du chef de l'Etat pour l'année 2008 n'échappe pas à la règle. Nicolas Sarkozy, ne quittant pas des yeux le texte de son prompteur, a annoncé aux français "une politique qui touche davantage encore à l'essentiel, à notre façon d'être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c'est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation".
Il a évoqué en vrac le "retard de la France", les "Droits de l'Homme", "le goût de l'aventure et du risque", "l'environnement", etc, pour appeler de ses voeux rien moins qu'une "nouvelle Renaissance", "une politique de civilisation" pour la France du XXIe siècle qu'il prétend incarner. Qu'on se le dise, le sarkozysme est un nouvel humanisme et la France sarkozyste de 2008 déploiera sa grandeur dans toutes ses dimensions éthique, esthétique et morale, comme elle a d'ailleurs commencé à le faire en 2007 avec le Fouquet's, Kadhafi, Vincent Bolloré, Rolex, Gala et Carla Bruni à Eurodisney.
La formule, bien soulignée, de "politique de civilisation" -- titre d'un livre (1997) du sociologue Edgar Morin -- a immédiatement fait florès. Reprise par le premier ministre François Fillon, dont le gouvernement est évidemment "prêt à des réformes de civilisation", elle suscite toutefois quelques interrogations auxquelles ont tenté de répondre sans grand succès de vieux rhétoriciens de la droite extrême comme Roger Karoutchi et Patrick Devedjian, qui ne peuvent toutefois que montrer la limite de leurs talents sur ce coup là.
Préférant ne pas trop s'attarder sur l'idée d'une France qui, comme au bon temps de sa période coloniale, exprimerait sans complexe sa supériorité et son "rôle civilisationnel" pour le reste du monde, la "politique de civilisation" sarkozyste est ainsi pour le premier "un souffle nouveau, une Renaissance au sens italien", et pour le second "une grande ambition pour la France".
L'opposition est un tantinet plus ironique et ne se prive pas de railler cet historique message présidentiel qui se voulait en outre "de foi et d'espérance", histoire sans doute de faire oublier les précédents discours va-t-en guerre et les contrats commerciaux bassement matériels.
Le porte-parole du Parti Socialiste, Julien Dray, n'y voit qu'un "concept fumeux" en cette première journée sans tabac, et le député socialiste européen Vincent Peillon, philosophe de formation, reste "perplexe". Plus sérieusement, Arnaud Montebourg dénonce pour sa part un "concept nouveau qui ne veut absolument rien dire" hormis "une sorte d'intégration au bloc anglo-saxon" et "une espèce de croisade de l'affrontement des civilisations".
De fait, sous la plume d'un Henri Guaino -- ancien économiste commissaire général au Plan, ex-conseiller de Charles Pasqua -- et dans la bouche d'un Nicolas Sarkozy dont le but affiché est d'américaniser la société française, la notion même de "politique de civilisation" sonne assez bizzarement. Il y a comme un hiatus entre l'idée même de civilisation et la politique menée par ce "président" plus adepte de la culture du résultat que de la culture de la Renaissance. Celui qui entend gouverner la France comme un PDG des années '80 dirige une entreprise, qui aligne intégralement sa politique étrangère sur celle des Etats-Unis -- dont les incessantes aventures guerrières dans le monde entier ne sont pas vraiment un exemple "civilisationnel" --, qui met en oeuvre un programme de réformes renvoyant les français modestes à une situation sociale digne du XIXe siècle, qui se comporte comme un monarque corrompu de République bananière entouré d'une Cour de financiers, de journalistes et de vedettes du show-bizz, et celui qui, entre autres régressions, "modernise" la vie politique française en installant le service de communication de l'Elysée à la rédaction de l'hebdomadaire du gotha et de l'actualité heureuse, n'est à l'évidence pas l'homme le mieux placé pour parler de Renaissance et de Civilisation.
Il l'est encore moins pour se référer au livre d'Edgar Morin, La politique de civilisation, publié en 1997. Écrit avec le politologue Sami Naïr à la suite du mouvement social de 1995 contre la réforme Juppé, cet ouvrage tente d'analyser la question de la réforme du service public français sans laisser désintégrer ce dernier par le "libéralisme économique européen généralisé".
Pour Edgar Morin et Sami Naïr, "La politique de civilisation vise à remettre l'homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être". Le livre développe plus globalement un concept d'écologie politique présent dès les années '60 dans l'oeuvre du sociologue, notamment dans Anthropolitique: Introduction à une politique de l'homme (1969).
Edgar Morin, ex-membre de Socialisme ou Barbarie (avec entre autres Cornélius Castoriadis et Claude Lefort), fondateur de l'Association pour la pensée complexe (APC), actuellement directeur de recherche émérite au CNRS et président de l'Agence Européenne pour la Culture (Unesco), est en matière politique et économique très loin de prôner les thèses néoconservatrices et néolibérales aujourd'hui mises en pratique par Nicolas Sarkozy et ses amis milliardaires du grand patronat et de la finance réunis.
Edgar Morin est un "keynésien" libertaire, un des premiers penseurs d'une écologie radicale appliquée à tout l'écosystème de la société humaine, non seulement environnemental mais aussi social, économique et politique. À travers sa notion de "complexité systémique" et ses analyses sociétales formulées dans de nombreux livres -- de L'Homme et la mort (1951) à L'an I de l'ère écologique (avec Nicolas Hulot, 2007) en passant par La Méthode (6 volumes, 1977-2004), Terre-Patrie (1993), La Complexité humaine (1994) ou encore Le monde moderne et la question juive (2006) -- il aborde les problèmes fondamentaux de notre temps et s'efforce de concevoir la complexité anthropo-sociale en y incluant les dimensions biologiques et imaginaires.
Edgar Morin appelle à se saisir de la complexité du réel et s'attache, notamment dans La Méthode, à proposer aussi bien une éthique qu'un nouveau "filtre d'intelligibilité" qui n'a rien à voir avec l'approche plus que simpliste du monde et de l'homme proposée par Nicolas Sarkozy, si tant est qu'il en existe une. La pensée d'Edgar Morin, inspirée par des auteurs comme entre autres Ivan Illich, est plus proche des idées de "décroissance" que des chiffres du CAC 40, plus proche des idées de '68, dont Nicolas Sarkozy veut faire table rase, que de celles d'Alain Minc. Elle est surtout d'un niveau intellectuel un petit peu plus élevé que celle d'Henri Guaino, ce pourfendeur de "pensée unique", dont le titre du dernier livre, La Sottise des modernes, s'applique parfaitement à cette fameuse "modernité" sarkozyste.
La République des Lettres, mercredi 2 janvier 2008
Dimanche 16 décembre 2007
Olivier Bonnet - Plume de presse
L' indignation vertement exprimée par Rama Yade à propos de la visite de Kadhafi en France est plébiscitée par 81% des Français, claironne Le Figaro avec OpinionWay dans sa manche. Mais alors, c'est que 81% des mêmes Français sont contre cette initiative de... Nicolas Sarkozy ! Le Président trahi par le quotidien de Dassault, qui adore pourtant le leader libyen - celui qui achète des avions à son patron mais ça n'a rien à voir -, et à la fois par son sondeur le plus fidèle, voilà qui n'est pas banal. L'imprévisible coup de gueule de la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme s'avère pour elle un magnifique coup politique. Il témoigne pourtant de son impuissance à infléchir la diplomatie française, puisque Sarkozy a finalement fait exactement comme il a voulu, se laissant ridiculiser par Kadhafi pour une poignée de contrats monstrueusement surévalués. Et voilà nos "Français" à la mode d'OpinionWay qui jugent qu'elle a eu super raison de gueuler, mais que ce n'est pas une raison pour démissionner. A 87% ! Etrange logique qui veut qu'un membre du gouvernement en désaccord flagrant avec la politique menée continue pourtant de lui obéir. Comme une Fadela Amara qui trouve "dégueulasse" qu'on instrumentalise l'immigration sans pour autant quitter l'équipe de Brice "quotas d'expulsés" Hortefeux et son ministère de la Persécution des étrangers. Ou un Martin Hirsch qui laisse passer les franchises médicales et l'obligation de versement de la redevance par les retraités modestes - avec un cadeau de 50% mais juste pour un an, hein ! Ce que Sarkozy appelle "l'ouverture" n'est en fait que reniements honteux et déshonneur.
Pour en revenir à Rama Yade, finalement, à quoi sert-elle ? D'alibi humanitaire à Sarkozy (et d'alibi antiraciste, aussi). D'habitude, ça marche bien. Pas un mot sur Guántanamo ni les prisons secrètes de la CIA lors du voyage aux Etats-Unis, et éliminée du déplacement en Chine par sa rivale du sitcom gouvernemental. Mais quand la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme dit que Kadhafi est "souillé du sang de ses forfaits" et compare la France à un paillasson sur lequel il vient s'essuyer les pieds, l'alibi se retourne contre son maître, instigateur de cette sinistre mascarade. 81% de nos sondés d'OpinionWay expriment un message clair : "elle a eu raison, inviter Kadhafi en France comme ça est une honte". Sarkozy a les oreilles qui sifflent.
|
Calendrier
|
Décembre 2008 |
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
6
|
7
|
|
8
|
9
|
10
|
11
|
12
|
13
|
14
|
|
15
|
16
|
17
|
18
|
19
|
20
|
21
|
|
22
|
23
|
24
|
25
|
26
|
27
|
28
|
|
29
|
30
|
31
|
|
|
|
|
|
|
|