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Mardi 26 février 2008

Julien Dray, porte-parole du PS, a qualifié mardi de "monstruosité juridique" l'éventualité d'une révision constitutionnelle pour rendre possible la rétroactivité de la loi sur la rétention de sûreté, promulguée mardi au Journal Officiel.

Si on suit madame Morano, ça veut dire que la France est le premier pays où la loi serait désormais rétroactive. C'est une monstruosité juridique", a-t-il déclaré au micro de France-Info.

"Ça ne répond en rien au problème qui est posé: nous avons des délinquants sexuels, évidemment (...) la question de la gestion de leur sortie est un problème réel. On peut le faire autrement, il y a des suivis psychiatriques, des suivis médicaux... Là, on est dans le n'importe quoi".

"Je vais saisir (le président de l'Assemblée nationale) Bernard Accoyer pour que nous puissions créer une commission parlementaire, pour qu'on puisse imaginer dans quels cas d'exception la loi pourrait être rétroactive", avait affirmé sur la même radio Nadine Morano, députée UMP de Meurthe-et-Moselle.

"Une vie, c'est quand même essentiel, par rapport à une loi qui devrait et mériterait de s'appliquer pour ceux qui sont dangereux et qui risquent de sortir en état de dangerosité. Ça veut dire que ça pourrait engendrer une révision constitutionnelle, et pourquoi pas ?", a assuré celle qui est aussi porte-parole de l'UMP.

Source : AP

 
 
Mardi 19 février 2008
Commentaires de la presse française, mardi 19 février, après l'opération de police très médiatisée menée à Villiers-le-Bel (Val d'Oise), lundi matin.

L'HUMANITE
Pierre Laurent

"(...) Mais le plus grave dans cette affaire, outre la fuite en avant dans la mise en scène de la politique sécuritaire du gouvernement, c'est l'aveu d'impuissance qu'elle révèle face aux réels problèmes des quartiers en difficulté, à commencer d'ailleurs par ce problème de la sécurité. Il y a quelques semaines, on avait cru le pouvoir saisi d'un subit retour à la raison, avec l'annonce d'une nouvelle expérimentation de la police de proximité en Seine-Saint-Denis, après des années de démantèlement méticuleux de cette police au profit d'une politique coup-de-poing. L'opération de Villiers-le-Bel montre que la tentation de la mise en spectacle du tout-sécuritaire reste l'option privilégiée par le pouvoir. Or, son inefficacité, sa dangerosité sont avérées (...)".

LA MARSEILLAISE
Nadjib Touaibia

"Ils ont débarqué à l'heure du laitier, casqués, cagoulés, avec arme au poing, photographes, caméramans et journalistes aux trousses. Mais diable, où sommes-nous donc, sur le territoire de la République en temps de paix ou dans un contexte de guérilla urbaine, face à une position ennemie? Disons-le tout net: les auteurs d'actes de violence, dans les cités et où que ce soit, doivent être poursuivis et jugés. Mais de quel droit et au nom de quoi crée-t-on un tel climat de terreur dans des cités d'habitation pour interpeller une trentaine de personne? Qui peut vraiment croire que la police ne sait plus faire son travail avec efficacité et discrétion ? Nul n'est dupe, plutôt qu'une descente d'envergure qui réjouit ministre de l'Intérieur et procureur, l'opération d'hier sur Villiers-Le-Bel participe de la manipulation politique. (...) Le battage médiatique autour des banlieues est un signe de désarroi dans la majorité présidentielle."

LA REPUBLIQUE DU CENTRE
Jacques Camus

"(...) Cette opération de police était-elle justifiée après les émeutes d'il y a trois mois? La réponse est oui! Cette opération a-t-elle été trop médiatisée? La réponse est encore oui! Et elle renvoie chacun à ses responsabilités. Le pouvoir n'avait rien à gagner à paraître instrumentaliser la justice et la police. Tout au plus l'ébranlement médiatique l'exposait-il au risque d'une bavure. La presse n'avait rien à gagner non plus dans cette "fouille"autorisée dans les cages d'escalier. Son image n'en sortira pas grandie auprès des jeunes des cités. Dans le cas présent, tout le monde en a trop fait pour d'hypothétiques profits à court terme : coup de pub déplacé pour les uns, scoop frelaté pour les autres. L'ordre public républicain impose de plus scrupuleux principes."

LES DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE
Olivier Picard

"(...) Le prix à payer pour la démonstration de force de ce lundi paraît, à première vue, exorbitant. Pendant quelques heures, une banlieue de France - et loin d'être la plus problématique ! - a été dénoncée, aux yeux de millions de téléspectateurs, comme un repaire de hors-la-loi nuisibles si dangereux qu'on avait rassemblé une petite armée casquée pour les attaquer. Comment mieux dévaloriser, comment mieux humilier, comment mieux déclasser ces banlieues qu'on prétend, au même moment réhabiliter, avec des trémolos dans la voix? Entre le "plan" et la communication, il fallait choisir."

LA CHARENTE LIBRE
Jacques Gyuon

"(...) Le premier magistrat de la commune, qui ne décolère pas, n'a en effet appris ce qui se passait dans sa commune que par un bulletin radio qui annonçait que les opérations avaient commencé. Et dire qu'après les émeutes de l'automne 2005, le gouvernement avait décidé de conforter plus encore le rôle des maires, de leur donner plus de responsabilité dans leurs fonctions de premiers magistrats garants de l'ordre public... Cette opération policière aurait été plus "belle" encore si elle avait été menée sans autre souci que celui de faire respecter la loi et d'arrêter sans flonflon ceux qui la bafouent. Quel besoin y avait-il de transformer une action policière en démonstration de force? Que cherche-t-on en théâtralisant l'action des forces de l'ordre? A impressionner la "racaille"? Ou à s'assurer une opinion devenue ces temps-ci plus versatile?"

LE REPUBLICAIN LORRAIN
Philippe Waucampt

"(...) Cette fois, le message adressé à son électorat est encore plus appuyé avec l'opération de grande ampleur menée à Villiers-le-Bel. Sur ce point, le gouvernement est difficilement attaquable car les violences de novembre avaient marqué une escalade dans l'usage des moyens employés par les émeutiers qui, en lynchant un commissaire de police et en recourant aux armes à feu contre les forces de l'ordre, appelaient une riposte appropriée pour éviter que de tels faits ne fassent jurisprudence. Le moment choisi ne doit rien au hasard. Lancer en ce moment une riposte d'une telle envergure témoigne bien évidemment d'arrière-pensées électorales que ne fait que confirmer l'importance de la couverture médiatique consacrée à l'opération. En déplaçant la polémique sur ce terrain, la gauche rend un service distingué au chef de l'Etat qui, retrouvant sa posture favorite de défenseur de l'ordre républicain, évite au moins de se faire attaquer sur ses insuffisances, devenues si criantes ces derniers temps."

L'INDEPENDANT DU MIDI
Bernard Revel

"La réponse de la loi aux violences de novembre dernier à Villiers-le-Bel a pris hier matin la forme la plus spectaculaire. (...) Mais était-il possible d'agir autrement pour arrêter, dans une cité réputée de "non droit", des personnes suspectées d'avoir pris pour cibles et brutalisé des policiers? Ce fut "une très belle opération", s'est félicitée la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie. Tellement belle qu'il eut été dommage qu'elle ne fût pas immortalisée. Elle le fut. Et comment! La procureure de la République eut beau affirmer que la médiatisation massive n'était souhaitée ni par le parquet ni par les policiers, Michèle Alliot-Marie eut beau regretter "profondément" les "fuites", celles-ci furent néanmoins suffisantes pour assurer une couverture exceptionnelle à un événement non moins exceptionnel. On ne saura jamais, bien sûr, si elles furent politiques, syndicales ou autres. C'est "le jeu de la démocratie", a estimé la procureure de Pontoise. C'est exact. A une condition toutefois: que ce jeu-là soit ouvert et libre de toute pression.

L'EST REPUBLICAIN
Rémi Godeau

"D'un coté, un chef de l'Etat prêt à orchestrer une intervention massive en banlieue afin de se refaire une santé dans les sondages. De l'autre, une opposition unie pour dénoncer une " manipulation " dangereuse pour la démocratie. Et au centre ? Des citoyens ramenés au statut de gogos. La polémique manichéenne née du très médiatisé déploiement de 1.100 policiers à Villiers-le-Bel ferait sourire si elle n'avait pour origine des faits tragiques. (...) Hier, frénésie électorale oblige, les commentaires ne portaient que sur le "dysfonctionnement grave de la République", sur la supposée instrumentalisation de la justice et des médias ou, a contrario, sur la réussite et l'efficacité de l'opération. Comme si les Français ne savaient pas faire la part des choses. Comme s'ils ignoraient les codes de la politique spectacle. Les sondages montrent pourtant le contraire. Les électeurs n'oublient plus les promesses électorales, exigent des explications et attendent des résultats. Au fond, polémiquer à un grand avantage: éviter de réfléchir."

LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE-OUEST
Jean-Pierre Bel

"Tarterêts, Mureaux, Villiers-le-Bel... Et toujours la même polémique, à la virgule près, autour d'interpellations aussi médiatisées! Sans doute est-on à chaque fois, d'un côté comme de l'autre, assez loin des préoccupations d'une majorité de Français qui souhaite avant tout sécurité et justice partout pour tous. La plupart des Français déplorent certainement ces mises en scène très sarkoziennes, trop souvent électoralistes pour être toujours efficaces. Mais sans doute déplorent-ils en face une critique tout aussi politicienne, trop souvent systématique pour être toujours constructive. Ni forfanterie, ni démagogie, ni fiel politicien, ils réclament seulement équité et fermeté pour soigner enfin réellement nos banlieues.

PARIS-NORMANDIE
Michel Lepinay

"(...) Dans le genre vieille ficelle pas bien dégrossie, celle utilisée hier à Villiers-le-Bel n'est pas mal non plus. 1.100 policiers casqués et armés, et des dizaines de journalistes mobilisés à six heures du matin pour arrêter dans une banlieue... 35 délinquants !Ça fait du 31 policiers par arrestation... la République a les moyens ! Et tant pis si ça empêche quelque temps les enfants de dormir. Au-delà de l'enquête, indispensable sur des faits particulièrement graves, il était visiblement essentiel de montrer aux électeurs que l'on veille sur leur sécurité plus que jamais... C'est fait. Mais après ces démonstrations de campagne bilatérales on pourrait peut-être suggérer aux uns et aux autres de se calmer un peu, et de laisser les Français s'intéresser à leur campagne municipale. Loin des excès de la dramaturgie politique nationale quotidienne."

L'ALSACE
Patrick Fluckiger

"(...) De la gauche au Modem, on darde un oeil accusateur sur le pouvoir politique, soupçonné d'avoir voulu remettre le thème de la sécurité - porteur pour la droite - sur le devant de la scène. Un tel pari serait hautement risqué. D'abord, parce qu'une étincelle peut suffire à enflammer à nouveau les banlieues, avec des effets imprévisibles sur le vote des Français. Ensuite, parce que les fuites pourraient se révéler contre-productives sur le plan purement policier. Si le Tout-Paris savait depuis vendredi ce qui allait se passer hier aux aurores, il serait étonnant qu'aucun écho ne soit parvenu jusqu'aux oreilles des principaux suspects. Les enquêteurs ont-ils trouvé des armes? Quelles charges pèsent sur les 35 gardés à vue? Hier soir, le mutisme était de rigueur. Tout le monde préférait mettre l'accent sur la dimension médiatique de l'événement. Celle-ci empoisonne décidément cette affaire sous tous ses aspects."

D'après le Nouvel Obs

par fede ps publié dans : La presse
Lundi 18 février 2008
1.000 policiers sont déployés depuis 6h ce matin dans la commune du Val d'Oise, dans les villes limitrophes de Sarcelles et de Gonesse, ainsi qu'en Seine-Saint-Denis, dans le but d'interpeller les auteurs de violences contre les forces de l'ordre, fin novembre. 33 personnes ont été arrêtées.

Réagissant à l'importante intervention des forces de l'ordre à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) lancée lundi 18 février à l'aube, afin d'interpeller les auteurs de violences contre des policiers survenues fin novembre dans cette ville, Ségolène Royal et François Bayrou ont tous deux dénoncé la présence des médias sur les lieux. Il s'agit d'"une opération policière médiatisée", d'"un dysfonctionnement grave de la République", a déclaré Ségolène Royal. François Bayrou a jugé, lui, que l'opération policière mélangeait "la justice et la mise en scène".

S. Royal : Une manipulation

Il s'agit d'"une opération policière médiatisée", a dénoncé Ségolène Royal. " Ce qui m'étonne, c'est qu'il y a eu, semble-t-il, des caméras pour accompagner les forces de police. On connaît ça maintenant avant chaque échéance municipale, je crois que c'est un dysfonctionnement grave de la République " .. " Quand des caméras accompagnent des opérations policières massives en période municipale, c'est une façon d'influencer l'opinion, de vouloir faire peur " .. " Il ne faudrait pas que la campagne électorale des municipales donne lieu à des opérations policières médiatisées " .. " le président de la République en revient au vieux réflexe de politique spectacle sécuritaire, parce que là où il échoue sur le plan économique et social, il veut faire croire qu'il continue à maîtriser les choses sur la question de la sécurité, ce qui n'est pas le cas ".. " J'espère que les Français vont sanctionner par leur vote ce type de manipulation ".

F. Bayrou : Ne pas mettre en scène

Pour sa part, François Bayrou a appelé lundi à " ne pas mélanger la justice et la mise en scène" à propos de l'opération de police à Villiers-le-Bel. " Il est nécessaire de respecter le droit, la loi et la justice, et des incidents comme ceux qui ont eu lieu (en novembre 2007) doivent avoir des suites " .. " Il semble que la presse a été conviée, et là je suis nettement plus réservé. J'ai toujours considéré que la justice ne devait pas s'accompagner d'une mise en scène. La justice, c'est fait pour obtenir l'arrestation et moins pour faire de la communication ".

Invité à dire s'il pensait que l'opération avait été planifiée en rapport avec la campagne électorale des municipales, il a répondu: "A votre avis ?".." On ne doit pas mélanger la justice et la mise en scène ".

Près d'un millier de membres des forces de l'ordre ont été mobilisés, lors d'une vaste opération policière lundi matin à Villiers-le-Bel destinée à interpeller les auteurs de violences contre des policiers survenues fin novembre dans cette ville. Trente-trois personnes ont été interpellées.

Nouvelobs.com


Dimanche 17 février 2008

Chercheuse au CNRS, l'historienne Annette Wieviorka est l'auteur de nombreux ouvrages sur la Shoah dont Auschwitz expliquée à ma fille (Seuil). La chercheuse estime qu'il n'y a pas de risque d'oubli et que la proposition du chef de l'Etat est même dangereuse pour la démocratie. Ce n'est pas le rôle du président que de s'occuper du contenu de l'enseignement scolaire

Un "cadeau"? Ce terme est insultant


"En entendant la proposition du président de la République, j'ai d'abord été choquée, puis révoltée. Et l'âge évoqué (10 ans) rend cette idée encore plus choquante. Mais mon hostilité aurait été identique à n'importe quel âge. Que veut-on faire? Jumeler un enfant vivant et un enfant mort? Donner au vivant la charge d'un fantôme, l'introduire dans la mort? Doubler sa vie de la mort d'un autre? C'est insupportable. "On ne traumatise pas un enfant en lui faisant ce cadeau de la mémoire d'un pays", a dit vendredi Nicolas Sarkozy. Un cadeau ? Mais ce terme est insultant! La mémoire de ces enfants assassinés n'est certainement pas un cadeau. C'est une tragédie, une charge. Les enfants de 10 ans, on peut leur faire d'autres "merveilleux cadeaux" que celui-là. Alors comme Simone Veil, je trouve cette proposition "inimaginable, insoutenable, dramatique et surtout injuste". Nos enfants, nos petits-enfants n'ont pas à porter des crimes qui ne sont pas ceux de leur génération. Il faut bien mal connaître les enfants pour faire une telle proposition, tout à fait indécente. A ce compte-là, si l'on veut aller plus loin encore dans l'obscénité, pourquoi pas servir la soupe d'Auschwitz à la cantine des écoles une fois par an?

Lubie ou "coup" mémoriel
Pourquoi cette proposition? Je ne sais pas. Il n'y a pas eu de demande de la communauté juive. Je pense plutôt à une lubie ou à un "coup" mémoriel, plutôt raté puisqu'il me semble qu'à l'exception de Serge Klarsfeld, qui vit depuis des années en compagnie de ces enfants morts dont il a retrouvé les noms, et pour beaucoup d'entre eux les visages, ce dont nous lui sommes à jamais reconnaissants, la proposition n'a pas rencontré grand succès. Le président de la République avait déjà exigé que les enseignants célèbrent la mémoire de Guy Môquet. Ces injonctions, hors de propos, dont on comprend mal la logique, me semblent néfastes. Elles imposent un usage politique étroit de l'Histoire. De façon curieuse, elles plongent les enfants et les adolescents dans le culte d'enfants et d'adolescents de leur âge morts. Je trouve étrange et malsain que ce Président, qui prétend représenter la jeunesse, ne donne aux jeunes comme modèles que des jeunes assassinés, qui n'ont pas demandé à mourir. Nicolas Sarkozy doit trouver ces thèmes de la déportation et de la Résistance porteurs, moins glissants que d'autres périodes de l'Histoire qui seraient plus conflictuelles. Mais la façon dont il intervient dans le débat aboutit à faire de ces sujets, sur lesquels il y avait accord, des sujets de discorde. Parce qu'il s'agit de sa part d'injonctions qui ne sont ni pensées ni conçues dans la concertation. Encore une fois, ce sont des coups. Il n'y a ni réflexion ni profondeur.

Il n'y a pas de risque d'oubli
J'ai écrit Auschwitz expliqué à ma fille en pensant à des enfants de 14-15 ans, l'âge de ma fille à cette époque. Elle était en 3e. Je ne pense pas qu'il y ait un âge idéal pour évoquer la Shoah avec les jeunes. Ce que je sais, c'est qu'il faut attendre. Aborder le génocide des juifs à l'école primaire est selon moi une mauvaise chose. La spécificité de la Shoah n'est guère compréhensible aux écoliers. Comment comprendre que des hommes sont venus chercher des enfants de leur âge, parfois dans leur propre école, pour aller les tuer à des milliers de kilomètres de là? C'est aujourd'hui encore incompréhensible à nos esprits d'adultes, ça l'est forcément pour des enfants. Il y a la littérature, les visites des survivants dans les classes, des films autant qu'on en veut, autant de moyens d'entrer dans cette Histoire sans ajouter cette surcharge émotionnelle insupportable. L'enseignement de la Shoah en France est très satisfaisant, énormément de choses ont été mises en place. Il est faux de dire, comme Nicolas Sarkozy: "Si vous ne leur parlez pas de ce drame-là, ne vous étonnez pas que cela se reproduise." Il n'y a pas de risque d'oubli. Cette période historique est sans doute celle sur laquelle on insiste le plus au cours de la scolarité, celle pour laquelle les moyens les plus considérables sont déployés.
Dangereux pour la démocratie
Les enseignants n'aiment guère cette incursion du politique dans leurs classes. Certes, il leur reste la liberté de travailler selon leur conscience. Mais je trouve la démarche de Nicolas Sarkozy significative d'un manque de confiance à leur égard. Avec lui, l'Etat se mêle trop de l'enseignement de l'Histoire. Cela me choque beaucoup. Que l'Etat organise des célébrations, des commémorations, c'est normal. Mais un président de la République n'a pas à faire le métier des enseignants à leur place. C'est insultant. Il existe des procédures régissant la rédaction des programmes, il existe un ministère de l'Education nationale, avec des enseignants, des inspecteurs... Il n'a pas non plus à délivrer des bouts d'idéologie en permanence. C'est dangereux pour la liberté des historiens et pour la démocratie. Je fais en cela le rapprochement entre la proposition de Nicolas Sarkozy sur la mémoire des enfants juifs morts et ses discours de Saint-Jean-de-Latran et de Riyad sur la religion. On n'a jamais vu ça en France, un président de la République intervenant sans cesse à-propos ou hors de propos dans des domaines qui ne relèvent pas nécessairement de sa fonction. Nous avons en France une séparation entre l'Eglise et l'Etat et c'est très bien comme ça. Et ce n'est pas à lui de la remettre en cause. Ni de décider des enseignements que doivent recevoir les écoliers."
Propos recueilis par Alexandre Duyck  
"Le Journal du Dimanche"
Dimanche 17 février 2008
 
 

 

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CETTE SEMAINE :
EN CAMPAGNE AVEC... MICHÈLE BLUMENTHAL
(PARIS-12e arrondissement)

 

Retrouvez également l'actualité socialiste des élections municipales sur le blog Municipales 2008 : http://municipales2008.parti-socialiste.fr
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