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Dimanche 2 décembre 2007


Entretien avec Laurent Mucchielli, directeur de recherches au Cnrs

La vague de "violence" des quartiers dits "sensibles" est le produit d’un processus de ghettoïsation que la société française refuse de voir, et d’un sentiment d’impasse et d’humiliation des jeunes.

La vague de "violence" des quartiers dits "sensibles" est le produit d’un processus de ghettoïsation que la société française refuse de voir, et d’un sentiment d’impasse et d’humiliation des jeunes.

Pourquoi cette poussée de violence ? Quel regard portez-vous sur les événements récents à Villiers-le-bel ?

Comme d’autres analystes de la situation des "banlieues", j’avais annoncé que, la situation ne s’étant guère améliorée depuis 2005 (dans certains domaines elle a même empiré), les mêmes causes produiraient les mêmes effets. C’est-à-dire que d’autres émeutes auraient lieu selon le même schéma : la mort de jeunes en relation avec une opération de police. En 2006, il y a déjà eu des mini-émeutes dans plusieurs quartiers (à Montfermeil, à Montpellier) et des incidents très graves dans beaucoup d’autres (par exemple aux Mureaux), tous classés en "ZUS" (zones urbaines sensibles). Cela continue donc. Et on ne voit pas pourquoi cela s’arrêterait puisqu’aucune des causes n’a disparu.

Après 2005, avec l’équipe de recherche qui a fait le livre Quand les banlieues brûlent, nous avions identifié quatre problèmes cruciaux : 1) les relations catastrophiques avec la police, 2) le niveau de l’échec scolaire et le ressentiment envers l’école, 3) le niveau du chômage des jeunes, y compris lorsqu’ils sont qualifiés et 4) le statut global de la population dite "issue de l’immigration" dans la société française. Ils sont toujours là, et ils nourrissent toujours en permanence dans ces quartiers des sentiments de colère, d’injustice, d’exclusion, d’humiliation et de ce que j’appelle la « victimation collective ».

L’action de la police est-elle en cause ?

Les conflits entre une partie de la jeunesse et la police sont permanents. Ils se cristallisent sur la violence des modes d’intervention de la police. Après 2005, on aurait pu penser que la question de la police de proximité allait être remise à l’ordre du jour. Cela n’a pas été fait. A la place, Nicolas Sarkozy a au contraire décidé d’affecter en permanence des compagnies de CRS dans les quartiers. C’est le contraire de la police de proximité...

Le quotidien, c’est celui des contrôles d’identité incessants que les jeunes perçoivent comme des contrôles au faciès et comme des humiliations. C’est aussi le jeu du chat et de la souris entre les jeunes qui roulent en scooter ou en moto (sans casque et parfois de façon dangereuse pour les piétons) et les policiers, comme celui qui a peut-être conduit au drame de Villiers-le-bel (on verra ce que conclut l’information judiciaire). Il y a là un cercle vicieux qui s’est installé depuis des années, dans lequel les policiers sont piégés eux-mêmes et que pratiquement aucun responsable politique n’a le courage de dénoncer comme tel car cela supposerait une réforme sérieuse de l’organisation, de la doctrine et des façons de faire de la police. Cela ne plaît pas à de nombreux syndicats de police. Et cela rencontre manifestement aussi des blocages de type idéologique à droite.

Quelles réponses peut-on imaginer à court terme mais aussi à long terme ?

Si l’on veut que les choses se calment rapidement et durablement après le démarrage d’une émeute, indépendamment de l’action policière, il faut parler des jeunes qui sont morts et de la douleur de leurs familles, leur accorder le statut symbolique de victimes qu’elles réclament. Il faut ensuite assurer la population qu’une enquête vraiment impartiale aura lieu (et non pas s’empresser de vouloir à tout prix dédouaner la police de toute responsabilité). Enfin, il faut leur dire qu’on les entend et que l’on comprend leur colère et leur humiliation. Cela ne veut pas dire que l’on excuse les actes délinquants de certains, mais que l’on prend au sérieux un cri de révolte et de souffrance général. Il faut absolument sortir de l’effet de sidération que produisent les images de voitures qui flambent et de policiers violentés, sortir de la peur de cette jeunesse et sortir des termes mêmes dans lesquels le débat politique enferme notre réflexion.

Il faut essayer de comprendre ce que révèlent ces flambées d’émotions collectives, restituer ce qu’est la vie quotidienne de la jeunesse des quartiers dits sensibles, mesurer les difficultés énormes qu’ils rencontrent pour s’insérer dans la vie sociale lorsqu’ils « galèrent » d’intérims en petits boulots et en période de chômage. Sans emploi, au double sens d’un statut et d’un revenu, il n’y a pas de possibilité d’insertion, pas d’accès au logement et pas de perspective de fonder une famille.

On peut ensuite remonter en amont pour constater que cette situation se prépare aussi à l’école dont de trop nombreux jeunes sortent sans diplôme ou presque et où, ayant la situation de leurs aînés sous les yeux, ils intériorisent précocement l’idée qu’ils n’ont pas d’avenir dans notre société. Enfin, il faut comprendre que la population dite "issue de l’immigration" (pendant combien de générations encore ?), exprime depuis longtemps un besoin de reconnaissance et de dignité auquel la société française ne répond pas, ou bien répond par la peur et la stigmatisation globale, aujourd’hui surtout à travers la figure du délinquant et celle de l’islamiste. Tant que l’on renverra globalement cette image à toute une partie de la population, qui de plus n’est représentée et défendue par personne sur le plan politique, on ne fera que saper toujours plus la légitimité de l’action de l’État. Et, tandis que d’autres donnent des leçons de morale depuis leurs jolis bureaux des centres-villes, ce sont les agents de "première ligne" qui le payent, qu’ils soient policiers, pompiers, enseignants, travailleurs sociaux, etc.

Propos recueillis par Louis Maurin

Laurent Mucchielli est sociologue, directeur de recherches au CNRS, directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP). Il a notamment codirigé Quand les banlieues brûlent. Retour sur les émeutes de novembre 2005 (La Découverte, 2ème éd. 2007) et Les bandes de jeunes, des "blousons noirs" à nos jours (La Découverte, 2007). Site internet : www.cesdip.org

Avec l'aimable autorisation de l'Observatoire des inégalités

Mercredi 28 novembre 2007

 

CEJ

Un document interne du ministère de la Justice daté du 25 septembre, soit avant la remise des consultations, recense les suppressions des tribunaux prévus dans chaque cour d'appel.

Les décisions de suppression de tribunaux relatives à la réforme de la carte judiciaire ont été prises avant la concertation organisée par la Chancellerie, révèle le Canard enchaîné dans son édition du mercredi 28 novembre. L'hebdomadaire satirique publie un document interne au ministère de la Justice recensant, par cour d'appel, les tribunaux qui doivent être supprimés. Et le journal de rappeler les propos de la garde des Sceaux, Rachida Dati : "Je veux un dialogue approfondi et ouvert (…). Cette réforme ne peut pas être dictée depuis Paris. Je tiens à démentir formellement toutes les informations qui ont pu circuler sur un schéma préétabli".

Semblable au résultat final

Le document est daté du 25 septembre. Or, les résultats de la concertation organisée par la Chancellerie, à savoir les consultations des acteurs du monde judiciaire, et notamment des chefs de cour d'appel, ont été rendues le 30 septembre. Le Canard enchaîné remarque ainsi que si ces rapports sont "consultables" sur le site du ministère", ils n'ont pas été "consultés" par Rachida Dati. Le journal souligne, par ailleurs, que le tableau des suppressions "est exactement semblable, à quatre exceptions près, au résultat final".

La réforme de la carte judiciaire envisage la suppression de 23 TGI, 178 tribunaux d'instance, 63 conseils de prud'hommes et 55 tribunaux de commerce. Selon la Chancellerie elle va toucher "directement" 300 magistrats, 1.250 fonctionnaires et 505 avocats.

Source : Nouvelobs.com

Mercredi 28 novembre 2007

 



Les violences qui ont éclaté à Villiers-le-Bel représentent un défi pour le président français. Il doit prouver que son discours sur la diversité et l'ouverture n'est pas de l'esbroufe, estime The Independent.

Pour la deuxième fois cet hiver, la France semble revivre son passé récent. D'abord, c'est la grève des transports qui a paralysé le pays ; maintenant, ce sont les émeutes des jeunes dans les banlieues* de Paris. Ces deux événements constituent pour le président Sarkozy un avertissement et une occasion de prendre l'initiative. Les grèves ont tourné court. Sa détermination personnelle et son apparence de détachement tactique ont permis à M. Sarkozy, qui dispose d'un mandat solide, de contraindre les syndicats naguère puissants à reconnaître un nouvel équilibre des forces. Aujourd'hui, la question n'est plus de savoir si les syndicats accepteront une réduction des privilèges de leurs membres, mais quels seront exactement les termes de cette réduction.

Toutefois, le président français doit veiller à ne pas jubiler, d'autant que l'un des fantômes les plus menaçants de son passage au ministère de l'Intérieur sous la présidence de Jacques Chirac – la violence dans les banlieues* - a refait son apparition. La mort de deux adolescents, tués lors d'une collision avec une voiture de police, a provoqué deux nuits d'émeutes dans les cités du Nord-Est parisien. L'incident s'est produit non loin de Clichy-sous-Bois, où avaient éclaté les émeutes il y a deux ans. Considérée comme hostile et raciste par nombre d'immigrés de la deuxième et de la troisième génération, la police est une nouvelle fois considérée comme la responsable. Ce n'est pas le grand amour entre M. Sarkozy et les "enfants des banlieues*". Ceux-ci avaient rallié en masse Ségolène Royale, la candidate socialiste, lors de l'élection présidentielle, surtout pour exprimer leur fureur à l'égard de Nicolas Sarkozy, qui les avait qualifiés de "racailles" pendant les émeutes de 2005. Le fait que M. Sarkozy soit un fils d'aristocrates immigrés qui a réussi n'a par ailleurs rien fait pour le faire aimer.

Le retour de la violence donne cependant au président français une chance de montrer premièrement qu'il a tiré les leçons de son mépris d'il y a deux ans et, deuxièmement, qu'il a l'intention de mettre en application les idéaux d'intégration sociale qu'il a prônés pendant sa campagne. Et, surtout, il doit démontrer que la diversité tellement vantée de son gouvernement ne sert pas qu'à épater la galerie. Chose prometteuse, l'une des plaintes qui revient le plus souvent à propos des dernières violences ne concerne pas la présence envahissante de la police, mais l'anarchie provoquée par son absence. Les gens qui vivent dans ces cités se sentent abandonnés. Le président français doit appliquer la même habileté tactique et la même détermination pour ramener les banlieues* dans la société française que celles dont il a fait preuve pour réduire les privilèges dépassés des syndicats des transports.

* En français dans le texte.
   The Independent
Lundi 26 novembre 2007

 Le Syndicat de la magistrature indique que des fonctionnaires des renseignements généraux ont rendu visite à des magistrats afin de les dissuader de participer à la journée de mobilisation du 29 novembre et demande au ministère de l'Intérieur de mettre fin "à ces pratiques d'un autre âge".

Illustration (c) Reuters

Illustration (c) Reuters

Un communiqué du Syndicat de la magistrature (SM, gauche, minoritaire) indique, lundi 26 novembre, que des fonctionnaires des renseignements généraux ont rendu visite à des magistrats afin de les dissuader de participer à la journée de mobilisation du 29 novembre.
Dénonçant ces "étranges visites", le syndicat estime qu'elles "s'apparentent à un dévoiement pur et simple des missions de ces fonctionnaires de police", dont le travail "consiste, non pas à influencer individuellement des salariés appelés à faire grève, mais à informer le pouvoir politique et à lui rendre compte des mobilisations sociales".

"Police politique"

Evoquant la crainte de "l'émergence d'une police politique", le SM demande donc au ministère de l'Intérieur "qu'il soit mis fin immédiatement à ces pratiques d'un autre âge".
Le 29 novembre, le Syndicat de la magistrature et trois syndicats de fonctionnaires judiciaires (Usaj, CGT, CFDT) ainsi que le Conseil national des barreaux (CNB), représentant les 46.000 avocats français, ont appelé à la grève contre la réforme de la carte judiciaire. Les juges d'instance se joignent également à la mobilisation.
L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a pour sa part simplement souhaité se joindre à la "mobilisation nationale" et aux rassemblements organisés dans les juridictions.

     
Le Nouvel Obs.com
Samedi 24 novembre 2007

Télécharg

Le rapport de Denis Olivennes, président de la Fnac, portant sur l'offre culturelle et la lutte contre le piratage sur internet a rencontré vendredi 23 novembre de fortes critiques à l'Assemblée nationale.

Christian Paul, député de la Nièvre, estime qu'il "dresse un constat éclairant et dessine des réponses inquiétantes". Pour l'élu socialiste, qui fut le porte-parole de son groupe dans le débat sur la loi relative aux droits d'auteur et des droits voisins dans la société d'information d'août 2006 (loi DADVSI), ce rapport "fait le constat de décès" de ce texte.

Vie privée

"La fin des DRM, ces 'verrous' de l'internet, est souhaitée. L'efficacité de sanctions pénales est contestée. Mais les réponses inquiètent, car, sauf à rester lettre morte, elles mettent en jeu la vie privée, sans apporter aux artistes un euro de plus", dit-il dans un communiqué.

Il affirme que le rapport "renoue avec le fantasme d'une police du net dévouée aux majors", "le plus grave réside dans la tentation de surveillance permanente du net, en dehors de tout crime ou procédure judiciaire".

"On ne peut déceler ni consensus, ni équilibre dans les décisions inefficaces et dangereuses annoncées par le Président de la République. Les consommateurs et de nombreux artistes sont exclus de ce compromis bricolé. Il n'offre aux créateurs qu'une protection illusoire".

Echec de la loi DADVSI

Il regrette "que le gouvernement n'ait pas le courage de constater l'échec de la loi DADVSI, de s'engager dans une légalisation progressive des échanges non commerciaux sur le net et de rechercher de nouveaux modes de financement pour la création".

"Dans le monde numérique, qui privilégie l'innovation et le partage, la cohabitation de ces échanges et d'une économie numérique de la culture est possible", conclut l'ancien ministre.
Deux députés UMP, Marc le Fur et Alain Suguenot, dans un communiqué publié jeudi ont dit "déplorer et condamner" une proposition du rapport Olivennes.

Celle "visant à créer une autorité publique qui aurait compétence, sur plainte des ayants droit dont les contenus auraient été téléchargés, pour prendre des sanctions à l'encontre des internautes téléchargeurs, allant de l'interruption de l'accès à l'internet à la résiliation du contrat d'accès au web".

" Juridiction d'exception "

"Ce transfert des pouvoirs du juge à une autorité administrative revient à créer une véritable juridiction d'exception pour les téléchargeurs et va à l'encontre du principe d'égalité devant la loi et les tribunaux, principes fondamentaux des lois de la République", disent-ils.

Les deux députés UMP "réaffirment la nécessité d'une amnistie des internautes ayant eu recours au P2P et préconisent l'établissement d'un cadre juridique tenant compte de la réalité de l'utilisation du web".

Nouvelobs.com / Reuters

 

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