CLARTE ET RESPECT
Discours d’OLIVIER FALORNI
Premier secrétaire de la fédération de la Charente-Maritime
Séance de clôture de l’Université d’été 2007 du Parti socialiste
Mes cher(e)s camarades, mes cher(e)s ami(e)s,
A chaque Université d’été, on a l’habitude de dire que tout se termine par notre traditionnelle rencontre du dimanche.
Pourtant, ce matin, en vous voyant, si nombreux, rassemblés dans la même détermination, unis dans la même espérance, j’ai la sensation profonde qu’en fait, tout commence vraiment ce matin, à La Rochelle, sur le chemin du renouveau et de la reconquête.
Je veux profiter de ces quelques instants, avant toute chose, pour vous dire combien les militantes et les militants de la Charente-Maritime ont été heureux de vous accueillir durant ce week-end (je l’espère le mieux possible) pour partager ce moment privilégié de réflexion, d’échange et de convivialité.
Et je tiens particulièrement à vous saluer, vous les militants, que vous soyez anciens ou nouveaux, vous qui avez tant donné, durant toutes ces belles campagnes du printemps, avec un enthousiasme et une ferveur que nous avions rarement connus.
Merci à vous de prendre parti, en militant dans le nôtre.
Et merci surtout de ne pas prendre votre parti de l’injustice et de l’illusion que sème au vent chaque jour le pouvoir en place.
Je veux adresser également tous mes remerciements à l’ensemble des camarades (permanents et bénévoles) qui ont participé à l’organisation et qui, par leur gentillesse et leur dévouement, ont contribué largement au succès de nos travaux.
Et je veux saluer tout particulièrement Jean-Christophe Cambadélis, le président de notre Université d’été, et les membres du secteur formation qui ont énormément travaillé pour préparer tous les ateliers qui ont eu lieu ce week-end.
Merci à mon complice et ami, Maxime Bono, le Député-Maire de La Rochelle, avec qui j’ai partagé depuis quelques jours, à la fois les mêmes préoccupations et les mêmes satisfactions.
Merci à Claudy Lebreton et à nos amis de la FNESER.
Merci à Razzye Hammadi et à nos camarades du MJS, qui ont travaillé, je le sais, pendant l’été, sur la rénovation de nos idées.
Merci à vous, d’avoir ouvert avec nous ce nécessaire droit d’inventaire et cet impérieux devoir d’inventer. Car c’est tout de même plus enrichissant, intellectuellement parlant, que de distribuer des frisbees de l’UMP sur quelques plages, frisbees qui risquent bien de se transformer rapidement en boomerangs du service après vote.
Je veux enfin, et surtout, remercier notre premier secrétaire, François Hollande, à qui je veux redire personnellement toute mon estime et toute mon amitié.
Merci François pour ta confiance renouvelée à notre fédération.
Merci pour ton dévouement au service de notre mouvement et de ses militants.
Et merci de nous avoir à nouveau donné la parole.
En effet, cette quinzième Université d’été de La Rochelle, tu l’as voulue, tu l’as maintenue et tu n’as pas eu tort, car oui François, ce sont les présents qui ont vraiment eu raison.
Cette Université d’été, elle a été utile, elle a été constructive, elle a été celle du travail et des retrouvailles, car elle a d’abord été la nôtre : l’Université d’été des militants du Parti Socialiste.
Ainsi, pendant trois jours, dans chacun de nos ateliers, nous avons posé un diagnostic sur notre pays, sur notre société.
Nous avons ausculté la gauche d’aujourd’hui, pour construire celle de demain.
Et je veux, à cet instant, saluer les délégations charentaises maritimes du Parti Communiste, des Verts et du Parti Radical de Gauche, qui ont répondu ce matin à notre invitation.
Votre présence symbolise à elle seule, la relation de qualité que nous avons su établir entre nous pour œuvrer, je l’espère bientôt, au rassemblement de toutes les forces de progrès.
Poser un diagnostic, c’est toujours une exigence de lucidité. Et cela implique par-dessus tout un devoir de vérité.
Alors, ce matin, je vais tenter d’y apporter ma part, de vous dire simplement et sincèrement, mes quatre vérités.
La première de ces vérités, c’est que le pouvoir en place ne joue pas franc jeu. Car il n’y a pas qu’en matière de santé que leur franchise n’est pas honnête.
Depuis plus de 100 jours en effet, c’est bien le marketing qui tient lieu de politique du côté de l’Elysée.
Une politique où le faire savoir prime toujours sur le savoir-faire, où l’avalanche de communication tente de dissimuler en permanence l’absence de transparence.
C’est désormais le règne assumé de la grande esbroufe, le règne sacré de la forme qui empêche le fond de remonter à la surface.
Le règne imposé de l’image qui veut faire faire oublier le son.
Le règne de l’image présidentielle servie sur tous les plateaux et à toutes les sauces.
Le règne d’une image présidentielle que l’on va jusqu’à corriger quand elle déborde, car il ne saurait y avoir, je vous l’assure mes camarades, un président aussi actif avec le moindre bourrelet de sauvetage.
Oui, c’est bien d’une politique en trompe-l’œil dont il s’agit, à l’image de cette ouverture en toc, où l’on troque, sans pudeur, des convictions décidemment bien fragiles, pour quelques portefeuilles qui se trouvaient dans la poche de droite.
C’est aussi le règne d’une politique étrangère bien étrange, car totalement opaque.
A l’image de cette affaire des infirmières Bulgares, dans laquelle l’épouse du chef de l’Etat, brutalement bombardée reine du Quai d’Orsay, sembla confondre diplomatie et télé-réalité, négociant d’abord avec Kadhafi, un accord secret sans doute lourd de conséquences, puis brandissant aussitôt le totem de l’immunité, afin de ne pas avoir à rendre de comptes devant les représentants du peuple français.
Nos concitoyens doivent connaître la vérité sur cette affaire, comme d’ailleurs plus largement sur la véritable situation économique et sociale de notre pays.
Pendant la campagne, le candidat de l’UMP a, en effet, promis sans compter. C’était à l’époque, Sarkopperfield, le magicien des chiffres.
Mais le magicien n’est en fait qu’un illusionniste et il commence à perdre une bonne part de son taux de crédit et beaucoup d’intérêts pour ceux qui avaient emprunté sur la foi de ses belles promesses.
Oui, 100 jours ont passé et 100 jours, visiblement l’histoire se répète parfois, c’est effectivement en France le temps qu’il faut à l’illusion pour s’envoler définitivement.
On nous disait « c’est l’Etat de grâce », je vous le dis, en fait, ce ne sera au final que l’été de grâce.
La deuxième de mes vérités, c’est qu’avec Sarkozy, la France ne va pas mieux, bien au contraire et son image dans le monde commence à se dégrader.
« Tout va très bien madame la marquise » est l’air à la mode dans tous les palais de la République. Et pourtant, c’est bien un tout autre refrain qui pourrait résumer la santé de notre pays : car aujourd’hui la France a la dette qui se dilate, l’emploi qui se rétracte et la croissance qui se contracte.
Et croyez-moi mes camarades, ce mal de dette est hélas bien plus réel que n’importe quelle angine blanche.
Du bouclier fiscal protégeant les plus privilégiés à la future TVA anti-sociale frappant les plus faibles, c’est bien d’une politique tout aussi injuste qu’inefficace dont il s’agit.
Cette politique où on donne beaucoup à ceux qui ont beaucoup et où on ne donne rien à ceux qui n’ont rien.
Une politique qui fait le bonheur de la rente mais qui fait le malheur du pouvoir d’achat, car ce sont les petits et pas les prix qu’écrase en fait Nicolas Sarkozy.
Une politique où on tente parfois même de cacher la misère comme on tente de chasser les rats, à coup de répulsif chimique.
Oui mes amis, après le temps du choc fiscal c’est désormais le temps de la douloureuse sociale.
Quant à l’image de la France dans le monde, elle en a pris un sacré coup, avec les dernières sorties de notre Président de la République.
En Europe tout d’abord, où nos partenaires de l’Union commencent à s’agacer de notre Sarkozy national, de ce drôle d’oiseau présidentiel qui s’installe dans le nid des autres et récupère à son profit personnel tout le travail collectif, en fait ils commencent à en avoir assez de ce petit coucou français qui se prend pour un aigle impérial.
Sarkozy agace l’Europe mais il inquiète aussi le monde arabe, car pendant que le nouveau premier ministre britannique, Gordon Brown, affirmait avec clarté sa volonté de ne plus être « le caniche » de Washington, Nicolas Sarkozy se précipitait comme un toutou pour dévorer quelques hot dogs chez le président américain.
Un sage toutou dépassant désormais le maître, prêt à bombarder l’Iran avec l’arme atomique et développant une conception particulièrement dangereuse du monde, celle d’un choc des civilisations entre l’Islam et l’occident.
Enfin Sarkozy consterne l’Afrique, car lui qui se vante en France de manier si bien le karcher et le charter, et bien, il est venu donner la leçon à nos amis africains dans un discours à Dakar qui fleurait mauvais le colonialisme des années 30, une sorte de version moins sympathique des aventures de Tintin au Congo.
Et pour tous ceux qui attendaient la rupture promise avec la politique traditionnelle et paternaliste de la France en Afrique, ils eurent dès le lendemain, avec la visite chez le président à vie Omar Bongo, la plus cinglante des réponses : pour la rupture, ce sera vraiment tintin !
La troisième vérité, mes camarades, c’est que face à cette droite qui cogne, la France a besoin d’une bonne gauche.
Une gauche forte, solide sur ses valeurs et percutante sur ses propositions.
Et pour cela, il nous faudra rénover notre maison commune, mais rénover dans la clarté et dans le respect.
Oui, la rénovation doit d’abord aboutir à la clarté de nos choix sur des questions aussi essentielles que le travail, le marché, la solidarité, la sécurité, la nation ou la mondialisation.
Mais tout ce travail de clarification n’aura de sens et ne sera crédible, aux yeux des Français, que s’il s’accompagne d’un changement de comportement dans notre parti.
C’est là ma quatrième et dernière vérité.
Il faut engager un véritable changement d’état d’esprit, conciliant la liberté de parole mais aussi, et surtout, le respect de nos règles internes.
Il y en a assez de tous ceux qui se lavent les mains du vote des militants pour ensuite mieux salir les décisions du parti.
Il y en a assez de tout ce fiel littéraire qui ne fait que le miel de notre adversaire.
Il y en a assez de ce tout à l’égo permanent qui pollue sans arrêt notre vie collective.
Il y en a assez de ce livre de la jungle désolant, hélas ouvert devant nos concitoyens, et dans lequel trépignent et se piétinent vieux éléphants et jeunes lionceaux.
Alors mes amis, oublions au moins pour un temps notre ménagerie et activons pour longtemps nos méninges !
Rassemblons-nous car oui, être ensemble a un sens, rassemblons-nous à partir de nos valeurs qui n’ont rien perdu de leur actualité, mais avec des idées nouvelles pour bâtir le socialisme du 21ème siècle.
C’est comme cela, mes camarades, que nous pourrons faire gagner l’espérance.
OLIVIER FALORNI