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Mardi 18 décembre 2007

 

 

«La France dont je rêve est une France qui ne laisse tomber personne, une France qui est comme une famille où le plus faible, le plus vulnérable, le plus fragile a droit à autant d’amour, autant de respect, autant d’attention que le plus fort.»

 

 

Ainsi s’exprimait Nicolas Sarkozy au soir du 22 avril, premier tour de l’élection présidentielle. Il avait, mieux que Ségolène Royal, analysé l’état de la société française, d’où son élection quinze jours plus tard. Ses premiers mois d’exercice sont en contradiction à peu près complète avec ses déclarations de campagne. Les mesures prises depuis l’été consistent à prendre au plus faible pour donner au plus fort. Plus exactement, donner aux riches et ensuite récupérer l’argent des pauvres. Les annonces récentes sur le pouvoir d’achat n’y changent rien.

 

Donner aux riches d’abord. La loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (dite Tepa) comporte au minimum 7 milliards d’euros de baisses d’impôt pour les plus aisés, l’équivalent des deux tiers du budget annuel de l’enseignement supérieur. Cela sans considérer le volet concernant les heures supplémentaires, qui profite théoriquement à tous les salariés en proportion de leurs revenus. Au titre de la loi votée cet été, 1000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt de 270 000 euros (bouclier fiscal), selon le rapport du député (UMP) Gilles Carrez. Lui-même note que les frais de succession au décès d’un conjoint d’un couple avec deux enfants disposant d’une fortune de 1,5 million d’euros seront réduits de 72 000 euros. Un couple peut désormais céder à ses trois enfants 900 000 euros de patrimoine tous les six ans sans payer de droits. L’impôt sur les successions est, en pratique, supprimé en France. D’autres mesures ont été prises depuis cet été, de moindre ampleur mais tout aussi inégalitaires. Comme l’instauration du prélèvement libératoire sur les dividendes (les revenus des actions). Les contribuables les plus aisés pourront opter pour un taux d’imposition de 29 % (18 % de prélèvement libératoire et 11 % de prélèvements sociaux) contre 40 % pour la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu. La mesure va profiter à 50 000 contribuables qui touchent plus de 25 000 euros de dividendes annuels. Même un député UMP, Jérôme Chartier, s’est opposé à cette «augmentation du pouvoir d’achat des Français les plus riches»

 

 

Prendre aux pauvres ensuite. Les comptes publics sont déficitaires et notre pays endetté : ces largesses fiscales doivent être financées. Le second temps de l’action présidentielle consiste à reprendre, miette par miette, ce qui a été dépensé. Au premier janvier prochain, une franchise s’appliquera sur les dépenses maladie sans prise en compte des revenus. Les plus modestes y seront de leur poche de 50 euros l’an. A la mi-novembre, la ministre de la Justice, Rachida Dati, a annoncé qu’elle envisageait la mise en place d’un forfait - dont le montant n’est pas encore déterminé - pour les personnes démunies bénéficiant de l’aide juridictionnelle, ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un avocat. Enfin, 780 000 foyers, principalement des personnes âgées démunies, vont devoir acquitter 118 euros de redevance audiovisuelle l’an prochain alors que, jusqu’à présent, elles en étaient exonérées.

Conséquence de la réforme décidée en 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie, qui reliait cette taxe aux impôts locaux dont les conditions d’exonération ne sont pas semblables. L’ensemble de ces mesures qui frappent les pauvres semblent, pour l’heure, symboliques. Quoique pour une personne âgée démunie, 168 euros de redevance et de franchise de soin, c’est loin d’être négligeable. On se ravise aujourd’hui que les catégories populaires se plaignent d’un trop faible pouvoir d’achat. Mais les caisses sont vides, et les mesures ne peuvent être à la hauteur. Les conséquences de cette politique sont désastreuses. Le Président a été élu sur la base d’un nouveau contrat, dépassant les clivages, mais il continue la politique des gouvernements précédents. L’empressement à aider les riches a comme contrepoint la lenteur prise pour mettre en œuvre des mesures destinées à réduire la pauvreté.

 

La gauche a tort de se réjouir du crédit de plus en plus entamé d’un chef de l’Etat contraint à la gesticulation permanente. C’est une courte vue politique. L’hypocrisie qui consiste, dans tous les milieux, à faire semblant de ne pas voir que l’effort demandé à tous est la contrepartie de cadeaux destinés aux plus favorisés (rebaptisés «classes moyennes supérieures») a d’immenses conséquences. L’action politique dans son ensemble en sort décrédibilisée auprès de larges fractions de la population. Tous ceux qui soutiennent cette politique et la mettent en œuvre sont responsables de cette situation. Ils contribuent de facto à alimenter le ressentiment social, le populisme et la course-poursuite aux extrêmes.

 

Louis Maurin directeur de l’Observatoire des inégalités - Pour le journal Libé

 
 
Dimanche 16 décembre 2007

Le budget de la Culture en France pourrait diminuer. Ce qui provoquerait des baisses de subventions et des annulations de spectacles. 
Réaction de la socialiste Najat Vallaud-Belkacem, déléguée régionale Rhône-Alpes à la Culture.

Votre réaction aux menaces sur le budget de la Culture ?
 
Najat Vallaud-Belkacem : Je suis atterrée. D’abord parce qu’on est dans un mouvement de fond extrêmement préoccupant. Pendant la campagne électorale présidentielle, Nicolas Sarkozy souhaitait d’ailleurs fusionner les ministères de la Culture et de l’Education nationale. On a finalement échappé à ce projet mais ça nous avait mis la puce à l’oreille car on avait compris que la Culture n’était pas pour lui un sujet prioritaire.
 
Le ministère de la Culture annonce pourtant une hausse du budget en 2008 !
 
Oui et c’est un discours qui n’est pas très sincère. Car si la ministre de la Culture Christine Albanel affiche une hausse du budget de 3,2 % en 2008, il y a en réalité une dégradation financière. Car dans les Régions, on nous a déjà annoncé des baisses de 6 % pour les institutions culturelles. 
 
Comment cela se traduit en Rhône-Alpes et à Lyon ?
 
En Rhône-Alpes cette baisse de 6 % signifierait 2,4 millions d’euros en moins rien que pour le spectacle vivant. Ça ferait par exemple 240 représentations en moins et 15 000 jours de travail en moins pour les intermittents du spectacle en Rhône-Alpes. A Lyon c’est aussi 400 000 euros en moins pour l’Opéra et 100 000 euros supprimés pour la Biennale de la danse, dont le défilé est aujourd’hui menacé. Et on est déjà inquiets pour les budgets 2009, 2010 et 2011. 
 
La culture est en danger ?
 
Oui. Et la culture dans son ensemble : l’architecture, les musées, les enseignements culturels, les chantiers de rénovation des monuments... La médiation culturelle, qui permet d’attirer un nouveau public, devrait même voir son budget diminuer de 50 % ! 
 
Mais l’Etat n’a plus d’argent !
 
Tout est question de priorités. Quand on gère un budget, on décide où va l’argent. Et depuis Malraux, le premier ministre de la Culture, on considérait que la Culture devait être une des priorités de la politique française. Surtout que la culture ce n’est pas que la création et les compagnies, c’est surtout le public. 
 
En tout cas c’est ce qu’on pense à la Région. Notre action culturelle c’est de faire en sorte qu’un maximum de personnes puisse avoir accès aux grandes œuvres et au patrimoine culturel, aux arts émergents... Et qu’elle puisse se forger un esprit de jugement pour avoir une meilleure perception des enjeux de société. Remettre en cause cette priorité aujourd’hui, c’est remettre en cause tous ces beaux défis auxquels tous les politiques, de droite comme de gauche, se disaient attachés. Et c’est extrêmement grave. 
 
La culture n’est plus une priorité pour l’Etat ?
 
En fait il y a une vraie incohérence entre le discours officiel et la pratique. Dans la lettre de mission que le président Sarkozy a adressée cet été à la ministre de la Culture, il est déclaré qu’il faut un rééquilibrage budgétaire entre Paris et la Province. 
 
Mais aujourd’hui on enlève 6 % en Province et rien aux institutions parisiennes ! Le président demande aussi au ministère de réduire ses frais de fonctionnement. Et en 2008 on voit que le ministère ne fait rien sur ce point mais cherche au contraire à réduire les frais des institutions régionales. 
 
Mais la culture doit faire des efforts !
 
Les institutions culturelles ont déjà fait tous les efforts possibles et fonctionnent avec le minimum. 
 
Quelles sont les solutions ?
 
Je n’en vois pas beaucoup. On dénonce le retrait historique de l’Etat dans la culture et il faut en appeler à sa responsabilité. Quand l’Etat s’engage auprès de l’Opéra de Lyon et décide finalement de dénoncer la convention en réduisant ses subventions, ce n’est pas responsable. Et du coup l’Etat ne peut pas demander des obligations de résultats alors qu’il ne respecte pas ses engagements. 
 
En tout cas, une chose est sure, les collectivités locales et régionales, les communes, ne pourront pas pallier les défaillances de l’Etat. On ne pourra pas donner plus de subventions. 
 
En Rhône-Alpes, on est prêt à engager une concertation nationale sur la place de la culture, débattre des financements publics et privés... On est fermé à rien mais on ne supporte pas que les décisions soient prises en haut et sans concertation. 
 
En tout cas cette régression culturelle va faire très mal. 
Et il faut que l’Etat en soit conscient...

Dimanche 16 décembre 2007

Le Parti socialiste s'est mis, samedi 15 décembre, en ordre de bataille pour les élections municipales lors d'une convention nationale boudée par la plupart des présidentiables.

En crise depuis sa double défaite à la présidentielle et aux législatives, le PS compte sur les municipales et les cantonales des 9 et 16 mars pour se refaire une santé. A trois mois de l'échéance, les socialistes avaient rendez-vous samedi à la Cité des sciences et de l'industrie de La Villette pour ratifier leurs têtes de liste dans les 403 villes de plus de 20.000 habitants et adopter leur manifeste municipal. Parmi ces "premiers des socialistes" figurent une vingtaine de candidats "de la diversité" et 25% de femmes.

Grands espoirs

Les socialistes, à qui les élections de 2001 avaient été défavorables malgré leurs succès historiques à Paris et Lyon, placent de grands espoirs dans ces deux scrutins. Traditionnellement, le premier scrutin local après une présidentielle est défavorable au pouvoir.

Pour l'emporter, François Hollande mise sur un rejet de la politique suivie par Nicolas Sarkozy depuis sept mois, notamment en raison des attentes déçues sur le pouvoir d'achat. D'où la violente charge sonnée samedi contre le "système personnel" du chef de l'Etat.

"Nicolas Sarkozy est candidat aux élections municipales dans chacune de vos villes. Il sera également candidat dans tous les cantons, tous les départements. Il sera le candidat, le seul candidat de la droite. Il n'a confiance en personne", a attaqué François Hollande devant une salle à moitié vide.

Le député-maire de Tulle, qui passera la main lors du congrès prévu après les municipales et entend partir sur un succès, a insisté sur l'enjeu de ce "rendez-vous politique majeur": "briser ce qu'est la volonté de Nicolas Sarkozy, obtenir des élections municipales la confirmation des scrutins précédents pour poursuivre, voire même amplifier sa politique".

François Hollande a violemment dénoncé "le système personnel" du chef de l'Etat "au cœur de tout, au sommet de tout, au début de tout et à la fin de tout". "C'est ce pouvoir-là, irresponsable, injuste, personnel qu'il faut mettre en cause dans cette élection", a-t-il lancé.

" Cohésion " et " rassemblement "

Le Premier secrétaire du PS a présenté les municipales comme "un rendez-vous majeur pour le pouvoir d'achat". Par leur politique du logement, des transports publics, de la petite enfance, les maires socialistes peuvent "alléger une part du fardeau".
François Hollande a toutefois insisté sur l'impératif de "cohésion" interne et de "rassemblement", deux domaines sur lesquels le PS a fort à faire. La plupart des présidentiables, et notamment Ségolène Royal, brillaient samedi par leur absence. Le maire de Paris Bertrand Delanoë, présenté comme le principal rival de Mme Royal pour 2012, a fait deux apparitions, mais est resté muet.

Alors que certains, à commencer par Ségolène Royal, lorgnent vers le centre, le Premier secrétaire a insisté sur la nécessité de rassemblement à gauche au premier tour. François Bayrou "se situe partout avec la droite", a-t-il estimé, prenant l'exemple de l'alliance entre le MoDem et Alain Juppé à Bordeaux.

"Soyons d'abord rassemblés à gauche, ensuite nous verrons comment nous ouvrir au second tour", a rappelé François Hollande, réaffirmant les trois règles imposées par le PS à ceux qui veulent rejoindre ses listes: approuver son projet municipal, accepter ses alliés de gauche et être en opposition à la politique de Nicolas Sarkozy.

Source : AP

Vendredi 14 décembre 2007

Le Nouvel Observateur s'est procuré un listing retraçant l’évolution des prix, dans un hyper, de plus de 250 produits de grandes marques parmi les plus vendus dans les grandes surfaces. Il en ressort une hausse moyenne de 11,5% sur trois ans, deux fois plus que l'inflation. Nouvelobs.com en publie la liste intégrale.

(Sipa)(Sipa)

C’est le genre de ticket de caisse que les Leclerc, Carrefour, Auchan et autres Intermarché n’impriment jamais. Ils préfèrent nous abreuver de coupons de réduction et nous matraquer de publicité pour leurs promos à tout casser. La hausse des prix ? Pas vu, pas pris. Et pourtant, ce que n’affichent pas les caisses enregistreuses, Le Nouvel Observateur vous en donne ici un saisissant aperçu. Nous nous somme procurés un listing retraçant l’évolution des prix, dans un hyper, de plus de 250 produits de grandes marques parmi les plus vendus dans les grandes surfaces. Aucun doute : tout flambe ! Les steaks hachés (+ 42%), les coquillettes (+ 32%). Les filets de maquereau (+ 35%) L’eau de Volvic (+26%)... En trois ans, la hausse moyenne de ce "super Caddie"(*) s’établit à 11,5 %, une valse des étiquettes deux fois supérieure au taux d’inflation calculé par l’Insee pour la période. Plus spectaculaire encore : depuis 2000 (passage à l’Euro !), le grand panier de l’Obs s’est renchéri, en moyenne, à 29%. Et cela ne devrait pas s’arranger : invoquant - non sans raison - la flambée du cours de l’énergie et des matières premières, la plupart des grands groupes agro-alimentaire ont présenté, cet automne des tarifs rehaussés de 8% qui se traduiront, si rien ne change, par une nouvelle flambée des étiquettes.

C’est l’incendie dans les Caddies. Ce relevé des prix pourra inspirer Nicolas Sarkozy, qui a réclamé, fin novembre, "un indice du pouvoir d’achat qui corresponde enfin à la vie quotidienne des Français, pour qu’ils aient le sentiment qu’on ne se moque pas d’eux". Président autoproclamé du "pouvoir d’achat", il veut jouer les pompiers. "Nous allons entamer une discussion avec la grande distribution pour obtenir la baisse des prix dans les grandes surfaces", promettait-il , la semaine dernière, sur TF1. Chargé de cet épineux dossier, le secrétaire d’Etat au commerce, Luc Chatel, défend ces jours-ci devant le Parlement un projet de loi visant à réformer les relations entre la grande distribution et ses fournisseurs. Dans le collimateur : la loi Galland. Depuis 1996, ce texte conçu pour protéger l’industrie des appétits de la grande distribution, établit un seuil de revente à perte : pas question de vendre un produit au dessous du tarif proposé par son fabricant. Seulement voilà, privé de négociation sur le prix d’achat de la marchandise (la "marge avant"), les centrales d’achats se rattrapent en facturant des "coopérations commerciales". Ces services (mises en avant des produits, impressions de catalogues, campagnes de promos…) facturés aux prix forts ont constitué les fameuses et faramineuses "marges arrières" que la loi Galland et son seuil de revente à perte interdisent de répercuter sur les prix à la consommation ! Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que ce mécanisme a alimenté une spirale inflationniste. Devant les exigences des centrales d’achats surpuissantes - Leclerc-Système U, Carrefour, Intermarché, Auchan et Casino- se partagent 85% du marché - les industriels n’ont guère eu d’autre issue que d’augmenter sans cesse leur prix à la sortie des usines.

A ce petit jeu, les multinationales de l’agroalimentaire, maîtres de leurs tarifs, imposent leurs conditions à tous les réseaux de distribution et "achètent" l’espace dans les rayons en versant de copieuses marges arrières que les PME du secteur ne sauraient acquitter… Les grandes surfaces, elles, réclament des taux de "taux de coopération commerciale" de plus en plus mirobolants : jusqu’à 35% des prix pratiqués dans certains rayons. Une véritable rente qui leur permet de développer leurs marques propres, copies pures et simples des produits les plus innovants des multinationales, qui représentent aujourd’hui un tiers de leur chiffre d’affaires. "Bref, tout le monde s’est gavé», résume un expert du système. Ce que confirme une récente étude réalisée par Natexis : de 1996 à 2004, les marges opérationnelles des  grands distributeurs (Carrefour, Auchan, Casino) ont cru de deux ou trois points et celle des géants de l’agro-alimentaire de 4 ou 5 points. "Les entreprises françaises ont pu rattraper leur retard de rentabilité sur les grands groupes internationaux", constate Natexis.

Les perdants sont les consommateurs. Comme l’a souligné la commission Attali pour "la libération de la croissance", la France est le pays d’Europe où l’écart entre les grandes enseignes des hypers les plus chères et les moins chères est le plus faible ! Pas étonnant dans ces conditions que les magasins de "hard discount", aux produits basiques et à l’assortiment réduit, aient connu un succès croissant : on en compte aujourd’hui 4.000 en France. Pour les contrer et conserver leurs clients dans leurs magasins, les enseignes ont étoffé leur offre de produits "premiers prix", ces denrées moitié moins coûteuses que les produits de marques nationales !

Inflationniste, anticoncurrentiel… Pour couronner le tout, le système des marges arrières s’avère aussi frauduleux ! Comme l’ont souligné plusieurs rapports parlementaires, les grands distributeurs ont pris la déplorable habitude d’imposer des "coopérations commerciales" aux motifs fumeux ("mise en avant", "maintien de la gamme", "conseil au fournisseur"…). Des prestations fictives que les fabricants ont intérêt à régler sans regimber sous peine de voir leurs produits exclus des linéaires. "Le système est pourri. Il a donné naissance à un océan de fausses factures", lance le député UMP Jean-Paul Charié, grand pourfendeur des dérives de la "coopération commerciale".

En 2001, pour tenter de réprimer ces excès, le délit d’"abus de coopération commercial" a été introduit dans le droit par la Nouvelle loi de régulation économique du gouvernement Jospin. Les poursuites menées par Bercy ont abouti à quelques condamnations : en octobre 2006, pour avoir obtenu "des avantages ne correspondant à aucun service commercial spécifique rendu", Système U a été condamné à rembourser 76 millions d’euros. Une somme qui donne une idée des montants en jeu…

Les marges arrières sont aussi devenues la cible privilégiée du trublion de la grande distribution Michel-Edouard Leclerc. Dès l’automne 2002, le président de l’association des centres distributeurs entreprend sa croisade au nom de l’intérêt supérieur des consommateurs, faisant mine d’ignorer que la "coopération commerciale" a fait la fortune de son groupe et de ses adhérents ! "Un génie de la communication", commente admiratif un de ses adversaires industriels. De passage à Bercy en 2004, Nicolas Sarkozy ne tardera pas à comprendre le message : le ministre des finances qu’il est alors réunit le gratin de l’industrie agro-alimentaires et des linéaires et exige, devant les caméras de télévision, une "modération des marges arrières" pour redonner du pouvoir d’achat aux Français. Officiellement, l’opération aboutira à une baisse des prix de 3,2% dans les rayons de la grande distribution. Officiellement seulement, car on peine à déceler l’effet des mesures Sarko d’alors dans l’envolée des prix constatée depuis 2004. Reparti pour le Ministère de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy n’aura pas le temps de réformer les lois Galland comme il en avait l’intention. Il laisse cela à Renaud Dutreil, ministre du Commerce, qui, en élabore un difficile compromis : au terme de la loi qui porte son nom 20% du montant des marges arrières perçues par les distributeurs pourront être répercutées sur les prix. On attend toujours…

Devenu président de la République, Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à ses fins ? Rien n’est moins sûr. La loi Chatel qui autorisera bientôt une déduction complète des marges arrières mais préserve la notion de seuil de revente à perte a déçu Michel-Edouard Leclerc : "si Luc Chatel avait, dans son projet, autorisé la négociabilité des tarifs, les hausses auraient probablement pu être diminuées de moitié. Oui, j’affirme, de moitié ! (…) Le Président avait parlé de supprimer les marges arrières ? Le projet Chatel va les accroître sous prétexte qu’elles sont déductibles. Le Président souhaitait que cette réforme profite aux consommateurs et qu’elle génère des baisses de prix pour améliorer le pouvoir d’achat des Français. Or, c’est la réforme Chatel qui nourrit l’inflation tarifaire ! C’est à désespérer de la politique !"

Au nom de la sauvegarde de l’emploi, les industriels se sont démenés en coulisse pour éviter une réforme radicale. "Les acheteurs de la grande distribution veulent que tout soit permis, sans limite, et que la loi du plus fort – le distributeur – s’impose à tous les industriels. Aucune loi ne changera une réalité simple : chaque année, la distribution veut plus", dénonce Olivier Desforges, président de l’Ilec, le puissant lobby des géants de l’agro-alimentaire. A l’Assemblée, l’UMP est apparue très divisée entre parlementaires partisans d’une mise en concurrence brutale et élus soucieux de préserver les intérêts des industriels et des agriculteurs de France. Si bien que la discussion d’une réforme du fameux seuil de revente à perte est renvoyée au printemps prochain. En attendant, les consommateurs continuent à pousser leur Caddie dans la jungle des faux "prix bas".

Sylvain Courage  Nouvelobs.com

(*) marque déposée

Vendredi 14 décembre 2007

 

Le décret d'application de l'article 89 de la loi de décentralisation du 13 août 2004, (au bénéfice de l'enseignement privé) est à nouveau d'actualité ; cette mesure, obligeant les communes à verser le forfait communal à l'école privée choisie par les parents dans une autre commune, fera payer un lourd tribut à la collectivité.

Beaucoup de communes en milieu rural auront bien du mal à faire face à cet accroissement de dépenses, ce qui entraînera une augmentation des impôts locaux ; les premières victimes en seront les petites écoles rurales qui atteindront plus rapidement leur seuil de fermeture.
Cela s'inscrit en outre dans la politique de restriction budgétaire actuelle à l'égard de l'enseignement public ; n'oublions pas non plus qu'en zone rurale surtout, le regroupement des écoles est imposé dans l'enseignement public et n'est guére appliqué dans l'enseignement privé, en particulier là où la concurrence scolaire reste particulièrement vive.

Nous en appelons à l'abrogation de l'article 89 d'une part, à l'organisation d'un débat sur les rapports public/privé et sur l'avenir du service public d'éducation d'autre part ; nous vous invitons à signer cette pétition et à joindre vos témoignages dans le prolongement de la démarche participative que promeut le Collectif depuis novembre 2004.

 Pétition à signer

 

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